‹ Theatre complet. --Chapitre 24 sur 318 · D LANGUE · texte numérisé non relu

D LANGUE

Très se'rieux... C'est môme un poison terrible, à ce qu'on dit.

BERTHE, avec chagrin.

Pourquoi as-tu cela?... Comment t'es-tu procure' cela?

BLANCHE

Est-ce qu'on me refuse rien?... C'est un savant qui me l'a donné... un savant illustre... un homme très grave, très austère... (souriant.) mais un homme, enfin!

BERTHE, sévèrement.

Ah! e'coute, Blanche... je ne puis te cacher plus longtemps que ton langage m'afflige et me choque au suprême degré'.. . Ce n'est plus là le ton de la simple e'tourdie... c'est celui d'une coquetterie froide et perverse, d'une indifférence complète au bien et au mal, c'est le ton d'une véritable de'pravation... et, si tu e'tais de'cide'ment entre'e dans cette voie-là, je te le dis franchement, mon amitié ne pourrait pas t'y suivre.

BLANCHE, se levant, très sèchement.

Tu es libre!... Je crois, ma chère, que le temps nous presse un peu, et que nous ferons bien... (Revenant brusquement

à Berthe et s'agenouillant à ses pieds, elle reprend avec effusion.) Oh ! non,

non, tiens! je t'en prie, ne m'abandonne pas! Je suis si malheureuse! Je n'ai que toi... ne m'abandonne pas !... Je sais bien... je ne vaux rien... mais, si tu m'abandonnais, je vaudrais moins encore! Eh bien, écoute, je te le promets... J'essayerai d'être autrement... de devenir meilleure... de te ressembler un peu... Je prendrai exemple sur toi... tu m'apprendras à aimer le bien, le devoir... je IV. ±.

partagerai ta vie... je ferai ce que tu fais... j'aimerai ton fils... puisque je n'ai pas le bonheur d'en avoir un... car cela m'aurait sauve'e... mais j'aimerai le tien... je m'occuperai de lui... comme s'il était à moi... Tu veux bien, dis?

BERTHE, émue et embarrassée, l'embrassant.

Ma pauvre che'rie, certainement, je le voudrais bien... seulement, il faut que nous ajournions un peu nos projets... car... je n'ai pas eu le courage de te dire jusqu'ici... mais on m'a conseillé de passer cette saison à Nice... et nous devons partir un de ces jours.

BLANCHE, se dressant brusquement.

Partir!... Tu vas partir... quand j'arrive! Ah! ce n'est pas toi qui as eu cette idée-là... c'est ton mari!

BERTHE

Je t'assure...

Oh! n'essaye pas de mentir... tu ne sais pas!... c'est ton mari! Mais enfin, que lui ai-je fait?... Pourquoi cette persécution? Envoie-le-moi... je veux lui parler! laisse-moi

lui parler! (Elle remonte avec agitation vers le fond.) Il est là, SUr la

terrasse... Appelle-le, je t'en prie.

BERTHE, allant au fond pendant que Blanche redescend la scène.

Henri! (savigny entre.) Elle désire te parler.

S A V I G X Y , avec humeur.

Ah!

BERTHE

Elle me fait tant de pitié... sois bon pour elle... J'attendrai là.

Elle sorU

Page 1