‹ Theatre complet. --Chapitre 241 sur 318 · ACTE PREMIER 32fl · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER 32fl

Il DGONNET.

Si lu veux !

SOPHIE

Ne me tutoyez donc pas !... Il s'agit, vous pensez bien, de mon histoire avec Ghamillac. Ce que j'étais quand je le rencontrai, il y a quatre ans... vous le savez à peu près!...

HLTiO N N E T .

A peu près, oui.

SOPHIE

Donc, je dansais à l'Opéra. .. si j'avais eu à choisir une carrière, j'en aurais peut-être pris une autre... mais personne n'est maître du commencement de sa vie, vous savez! — C'e'tait ma tante, simple crémière et ma seule famille, qui m'avait mise là toute jeune... et qui avait cru faire merveille... naturellement, étant là... dans le corps de ballet... je n'étais pas meilleure qu'une autre...

HUGONNET

Fn peu !

SOPHIE

l'n peu, je veux bien, car j'avais déjà des idées à moi, dans ce temps-là, j'étais déjà bête, enfin !... et à ce point que j'avais pris au sérieux cet animal de Soulaville — et que <ans penser au mariage, bien entendu, je croyais sincèrement, comme il me le disait, que c'était entre nous deux pour la vie... et ça me consolait... ça consolait ma petite conscience... quoi !... Aussi quand il fallut perdre cette illusion, quand ce malheureux-là se fit exécuter à la Bourse et quitta la France, vous savez ce qui arriva.

HUGONNET

Oui, une folie !

Ce fut alors que Chamillar, que j'avais vu quelquefois

33 1 CHAMILLAC

au foyer, qui s'était toujours montré très affectueux pour moi, mais, enfin, que je ne connaissais pas autrement, tomba dans ma mansarde où j'étais encore entre la vie et la mort, et me tint ce langage inouï : « Voyons, ma chère enfant, ne vous désespérez pas... Vous n'êtes pas si perdue que cela... et pour preuve, si vous voulez vous conduire très Lien pendant quelques années, refaire votre éducation, que madame votre tante a un peu négligée, bref, profiter bravement des leçons que je vous ferai donner... eh bien, au bout de tout cela, je fous promets que vous serez ma femme ! »

HUGONNBT.

Oui, je ~ai-.

SOPHIE

Parfaitement, mais j'ai besoin de vous rappeler que

ce n'est pas moi qui lui ai demandé de m'épouser, à Chamillac... Que cette idée-là lui soit venue, à l'esprit... Jene pouvais pas l'en croire lui-même! Mais, enfin, il insista... il me donna sa parole... Je fus trop heureuse de lui donner la mienne, naturellement... Et je puis dire hardiment que je l'ai tenue, en conscience... Ma conduite, depuis ce temps-là. a été irréprochable... même avec lui... surtout aver lui. grand Dieu!... Pour le reste, j'ai profité démon mieux des leçons qu'il m'a fait donner. H D G O x x e t .

Des leçons de maintien, surtout!

SOPHIE

Enfin, il était content... et les quatre ans démon épreuve, de mon stage, comme il dit. arrivaient à leur terme. Eh bien, cher ami, quand on touche à un rêve pareil, croyezvovls que ce soil gai de le voir toul d'un coup s'en aller en fumée?

HUGONNET, vivement.

Gomment ! en fumée? Qu'est-ce que ça vont dire?... 11 ne vous épousa plus?...

m TE PREMïEH 33!

SOPHIE

J'ai peur que non

HUGONNET, repraaaat son Qegme.

Allons donc, c'est impossible !... Incapable de manquer h sa parole, Ghamillacl

SOPHIE

Oui!... S'il n'y avait pas une femme sous roche, cher ami!... liais il y en a une, et dès qu'il >' a une femme sous roche, plus de parole, plus d'honneur, plus rien du tout, vous savez!...

HUGOXNET

GénéralemenJ

SOPHl E, nver feu.

Ohl la misérable!... Oh! qes femmes du monde!... car

je suis -ùre que je la connais, ri c'esl une femme du monde, bien entendu !... autrement je m'en moquerais pas mal. Mais une liaison ;i\vcune femme du monde, etparticulièrement avec celle-là, évidemment, c'est la fin de toutes ni"s espérances, c'esl la tin do moi'...

Elle brandit ;on pinreau.

HUGONNET, riant à demi.

Mais quelle femme, donc?

SOPHIE

Je vais vous le dire... mais c'est ici, mon ami, que je vous demande 1»' secret le plus absolu. Depuis quelque fomps, trois ou quatre mois environ, je m'apercevais d'un grand changement dans l'air et dans les allures de Ghamillac... Je le vois trop souvent, pour qu'aucun détail de sa vie m'échappe. Ce qui me frappait le plus, c'est qu'il sVtait pris d'un goût subit pour le monde, lui qui n'y allait jamais... Il s'est mis à faire des visites, à diner en ville... Il va même au bal... Enfin, à deux reprises différentes, dans ces derniers temps, j'ai surpris un coupé à blason

332 CHAMILLAC

arrêté devant la porte de l'hôtel, là, en bas, et chaque fois, j'ai vu une femme, très jolie, la malheureuse, qui était dans

ce coupé faire remettre une lettre au concierge par son valet de pied... — et les lettres étaient pour Ghamillac...

HUGO NX ET, rl'on ton affïrmatif.

Et vous les avez lues !

SOPHIE

Non !.. j'aurais pu, car il laisse tout traîner, Ghamillac... mais je n'aime pas ces moyens-là... ça me dégoûte!... seulement je l'ai espionné...

HUGONNET

Mais ça ne vint guère mieux, dites donc!... s o P h i e .

Pardon! Parce que je m'y suis prise très honnêtement... ma seule faute est d'avoir trompé Ghamillac en lui disant que j'allais au Havre pour faire des études de marine... C'était pour qu'il ne se méfiât pas, je l'ai surveillé... j'ai fait causer quelques amis que j'ai dans les cercles et je sais maintenant parfaitement qui est cette femme que Ghamillac suit partout et qui lui écrit.

Page 1