ACTE DEUXIÈME
ROBERT
Oui!
J'aime beaucoup son talent.
MAURICE
M moi donc!
Et quand je l'ai vue là, j'ai été prise d'une envié folle de lui parler...
MAURICE
Tu pouvais bien te payer <aî
JEANNE
Je me le suis payé aussi... Nous avons échangé d'abord quelques mots insignifiants: « Mon Dieu! madame... quel orage! — N'est-ce pas, madame? — 11 faisait si lourd, du reste! — Oh! oui, très lourd! — 11 a même tonne', je • rois? — Oh! très fort, même!...» Enlin, des choses comme ça... pas bien méchantes!...
MAURICE
Oh! non.
Et puis... comme il ne tombait plus que quelques goutte^ et que j'avais un parapluie, j'ai pu m'en aller... mais elle, mademoiselle Vanda, n'en avait pas, et elle avait un petit chapeau parfaitement frais et délicieux... elle venait d'appeler une voiture qui passait et qui s'était arrêtée... et alors, pour qu'elle ne perdit pas son chapeau en traversant pour gagner le fiacre, je lui ai dit: « Vousavezun délicieux chapeau... si vous voulez, je vais vous prendre avec moi jusqu'à la voiture.» Elle a balbutié:» Mon Dieu; madame'... » Puis, brusquement: «Madame, m'a-t-elle dit, me connaissez-vous? » Comme c'étail gentil, n'est-ce pas?...
364 CHAMILLAC
Comme c'était délicat de sa part? — Et je lui ai répondu : « Certainement!... Vous êtes mademoiselle Vanda, des Variétés!... — Alors, madame, a-t-elle dit, puisque vous avez cette bonté... » Et je lui ai fait traverser le trottoir, puis elle est montée en voiture... voilà tout... Mais elle avait l'air si heureuse, pauvre petite femme. En me remerciant... elle avait les yeux tout humides... et moi, vraiment... je m'étais bien amusée!... (Voyant l'atlitu.le contrainte (le
Robert...) Est-ce que cela vous fâche, mon ami'?
ROBERT, sèchement.
Mon Dieu! ma chère Jeanne, je vous serai très reconnaissant de ne pas rechercher à l'avenir ces sortes de petites aventures-là, dont vous semblez un peu trop friande. Le monde a ses lois, ses convenances, que les plus honnêtes femmes doivent respecter.
JEANNE, froissée.
Je tâcherai... mon ami.
MAURICE contenant mal sa colère.
Oui, ma chère, tu feras bien certainement d'observer les convenances, — mais à une condition pourtant, — si mon cousin veut bien le permettre, c'est que les convenances n'étoufferont pas chez loi le naturel, c'est qu'elles n'arrêteront pas chez toi tout élan de jeunesse, de générosité, d'enthousiasme... qu'elles ne seront pas ton unique loi morale et qu'elles ne te tiendront pas lieu de tous les mérites et de toutes les vertus... Autrement, tout le monde y perdrait, — vous tout le premier, mon commandant!