SCENE VIII
CHAMILLAC, JEANNE.
CHAMILLAC, avec un tendre respect.
Mon Dieu, madame... que j'ai de chagrin à vous voir ici !
JEANNE, très troublée et haletante d'émotion.
Monsieur de Chamillac, vous devez bien penser, n'est-ce pas? qu'il a fallu des raisons bien graves, — bien impérieuses,— pour me de'terminer à une de'marche si extraordinaire?
CHAMILLAC, simplement, avec bonté.
Il s'agit de votre frère, n'est-ce pas?
Oui, monsieur, il s'agit de mon frère, il s'agit de
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son honneur, peut-être de sa vie... Mais, avant tout, monsieur, je vous supplie de croire, d'être persuadé qu'il ignore ma démarche, qu'il ne l'eût jamais permise!
CHAMILLAC.
J'en suis sûr, madame... Remettez-vous... Vous venez pour cette histoire du cercle, n'est-ce pas?...
JEANNE
Monsieur, je sens, je sens profondément tout ce qu'il y a de délicat... de presque humiliant dans ce que je viens vous demander !
CHAMILLAC, affectueusement.
Non, pas humiliant!... Vous vous trompez... Remettezvous, de grâce !
JEANNE
Mon frère est jeune, monsieur, étourdi... Il a été coupable, sans doute, de se laisser entraîner à jouer au delà de ses ressources... mais je vous assure qu'il est plein de cœur et plein d'honneur !
CHAMILLAC
Oui, madame... je le sais... mais voulez-vous me permettre de vous épargner autant que possible cette pénible confidence?... Asseyez-vous, vous vous tenez à peine. (Jeanne
se laisse tomber sur le siège qu'il lui approche.) Voyons, Votre frère a Une
dette de jeu qu'il ne peut payer... il est menacé à notre cercle d'une peine disciplinaire qui l'atteindrait dans son honneur et dans sa carrière... il est au désespoir, et il a la tête aux champs — d'autant plus que monsieur votre père rentre demain à Paris, et que cela sera une triste nouvelle à lui apprendre pour sa bienvenue... — N'est-ce pas cela, madame ?
JEANNE, à demi-voix.
Oui.