SCÈNE II
LE GÉ N É BAL, J E A N NE, CLOTILDE, assise et écrivant. CLOTILDE, se retournant un peu vers Jeanne.
Vous n'avez rien à dire à M. do Chamillac, Jeanne? C'est à lui que j'écris... pour notre œuvre...
Rien, ma tante... Merci !
CLOTILDE
Au fait, vous l'avez vu hier au soir... vous avez pu lui faire vos commissions vous-même...
Oui, ma bonne tante... c'est ce que j'ai fait.
LE GÉNÉRAL
Ah ça! de quel Chamillac parlez-vous? Est-ce que c'est du mien?
CLOTILDE
Qu'est-ce que c'est, le vôtre ?
LE GÉNÉRAL
Le mien, c'est le fils de l'intendant... Le père e'tait un de mes bons amis... le fils a servi quelque temps dans les chasseurs... J'e'tais son colonel... Je l'avais connu tout enfant... Eh bien, qu'est-ce qu'il devient?... Est-ce que vous le voyez souvent ?
CLOTILDE
Demandez à Jeanne, mon ami... j'écris !
420 CHAMILLAC
LE GÉNÉRAL
Vous le voyez souvent ?
JEANNE
Mon père, oui... nous le voyons assez souvent. Ma tante l'adore.
ClotiMe affecte de ne pas aroir entendu. LE GÉNÉRAL.
Il n'est donc plus aussi sauvage ?
JEANNE
Non, il se civilise... mais, mon père, comment ne nous en avez-vous jamais parle'?
LE GÉNÉRAL, arec un peu de contrainte.
Mais si... j'ai dû vous en parler... Au reste, je l'ai beaucoup perdu de vue... depuis le temps... depuis ce tempslà, il a quitte' le service quand il a fait ce gros héritage... car il n'était pas riche à cette e'poque. Je l'ai seulement entrevu quand j'ai mis le pied à Paris... Eh bien, est-il toujours le bienfaiteur des forçats libe're's et des jeunes personnes plus ou moins repenties ?
JEANNE
Toujours!
Un Don Quichotte !
JEANNE
Est-ce qu'il était déjà aussi original, mon père, quand il était soldat?
LE GÉNÉRAL, avec embarras.
... Il avait eu, — je crois, — une jeunesse un peu vive... un peu excentrique... Hem! — Veux-tu, ma chère enfant, que nous allions tous deux surprendre ton frère au Ghampde-Mars?