SCÈNE VII LE GÉNÉRAL, MAURICE, JEANNE
L E G É X É R A L , h Maurice .
Eh bien, êtes-vous satisfait?... Car, quoi qu'en ait dit votre sœur, ce n'est pas Robert qui est cause de ce qui se passe... c'est uniquement vous... Maintenant, e'coutez bien, mon tils ! Je n'admets pas, en principe, qu'on se fasse justice soi-même... cela est sauvage. Cependant, en matière d'honneur, la loi est quelquefois impuissante à nous protéger... Il y a des limites très délicates sans doute, très difficiles à préciser, mais sur lesquelles la conscience publique ne se trompe pas. C'est ainsi que le duel, malgré toutes les lois du monde, reste forcément dans nos mœurs. Tout homme offensé dans son honneur peut laver dans le sang de l'offenseur ou dans le sien la tache faite à son nom... Mais un père déshonoré par son fils ne peut pas se battre avec lui. Il faut pourtant qu'il y ait une justice pour ce père comme pour tous... Quant à moi, souvenez-vous qu'en pareil cas, je me la ferais !
MAURICE
Je ne vous en laisserais pas le soin, mon père... Mais je vous assure qu'après les heures que je viens de passer, ma main ne touchera jamais une carte.
Je n'en sais rien... et j'ai le droit d'en douter... car tu me l'avais déjà promis une fois... Mais que faut-il donc, grand Dieu, pour te retenir sur la pente où t'entraîne cette passion fatale '?... S'il ne te suffit pas, pour t'arrêter dans les heures de tentation mauvaise, de te rappeler que
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j'existe, que tu peux en une seule nuit, en une seule minute, flétrir un nom que j'ai honore' dans vingt combats, que, pour le plaisir équivoque d'un instant, lu peux condamner à la honte les dernières anne'es de ce vieux soldat qui est ton père... Si cela ne te suffît pas, eh bien ! pense au moins aux galons qui sont sur ta manche et aux devoirs qu'ils t'imposent, rappelle-toi que tu as mieux à faire que de les traîner sur une table de jeu... qu'à l'heure où nous sommes, ton pays attend de toi des pense'es plus se'vères, des loisirs plus remplis, des veillées plus fécondes, des passe-temps plus nobles... que même, en fait de distractions et de plaisirs, il y a des bienséances commandées aux gens qui sont en deuil... et que tout officier français porte un crêpe à son épée !
MAURICE, très ému, avec élan.
Mon père! on demande des volontaires là-bas... Permettezmoi de partir !
LE GÉNÉRAL
Allons donc! Embrasse-moi!
Il lui ouvre les bras.
MAURICE, se jetant <lans ses bras.
Ah ! (se levant.) Mon général, voulez-vous m'accompagner ce matin même chez le ministre et solliciter une faveur pour moi ?
LE GÉNÉRAL, gaiement
Allons-y, lieutenant!... mais pas avant que j'aie fait réparation à cette chère tête folle, à ce cœur d'or, que je viens de traiter si cruellement. (Regardant Jeanne.) Tu ne vas plus vouloir m'embrasser, je suis sûr.
Non!...
Elle lui saute au cou.