‹ Theatre complet. --Chapitre 310 sur 318 · ACTE QUATRIEME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME

Gomment ?

SOPHIE

Oui, car c'est ce jour-là que j'ai pu comprendre, grâce à vous, toul le charme, toute la puissance de l'honnêteté... En vous voyanl si jeune et si respectée, imposant à tous l'autorité de votre réputation -ans tache, je me suis dit : « Je veux faire mon possible... non pour lui ressembler, grand Dieu... mais pour suivre son exemple de Loin... de bien loin, he'las ! et si jamais elle lésait, elle en sera peutêtre heureuse ! »

JEANNE, touchée, lui prenant la îuaiu.

Oui... bien heureuse !

SOPHIE

Mais comment aurais-je pu donner suite à ces bonnes résolulinns, si une autre main, généreuse comme la vôtre, ne m'avait aidée à me relever? Vous savez de qui jeparle,

madame ?

Oui.

SOPHIE

Et vous savez aussi que M. de Chamillac avait poussé la Are'ne'rosite' jusqu'à se lier avec moi par une promesse, par un engagement...

Oui, je sais qu'il doit vous épouser.

SOPHIE, avec beaucoup d'embarras.

Madame, je vais vous dire des choses peut-être bien singulières... Malheureusement je n'ai pas été élevée dans votre monde... je puis, malgré moi, blesser quelques convenances... Veuillez m'excuser et m'écouter jusqu'au bout... Depuis quelque temps, madame* des scrupules me sont

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venus au sujet de mon union projetée avec M. de Chamillac... Je crains, qu'en accomplissant sa promesse, il n'obe'isse plutôt à son devoir qu'à ses sentiments... Il a toujours sans doute de l'amitié' pour moi... mais il aime quelqu'un davantage... je le crains... j'en suis sûre !

JEANNE

Mademoiselle, je cherche à vous comprendre, mais je vous avoue...

SOPHIE

Madame, je dois tant à M. de Chamillac — et à vous, que mon rêve le plus cher serait de vous prouver à l'un et à l'autre que vous n'avez pas perdu vos boutés sur une ingrate, et si je pouvais, s'il m'était permis de vous te'moigner à tous deux à la fois ma profonde reconnaissance; si vous vouliez bien tous les doux accepter mon sacrifice, — je fous .jure que je pourrais avoir quelques larmes dans les veux, mais j'aurais de la joie plein le cœur!

.] E A N N E , affectueusement

Mademoiselle, vous êtes vraiment comme moi, — à ce

qu'on dit, — un peu folle !... Quelle apparence à tout cela ! D'abord, M. de Chamillac me connaît à peine... et je crois que vous lui prêtez bien gratuitement les sentiments dont vous parlez... Quant à moi, vous savez qu'hier encore j'étais à la veille d'épouser un parent, un ami d'enfance... S'il s'est élevé un nuage entre nous, il sera dissipe' demain... Renoncez donc, mademoiselle, à la pensée de cet étrange sacrifice... que personne ne souhaite... et qui vous serait si douloureux... Mais enfin, si étrange que fût cette pensée, elle est d'une âme charmante.

SOPHIE

Ainsi, madame, vous ne l'aimez pas?

JEANNE

J'ai beaucoup de sympathie pour lui.

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