ACTE CINQUIEME 13H
deux ou trois fois... Le frère presque tous les jours, jusqu'à son départ... C'esl très suffisant... c'esl très gentil.
Tu sais que le général el sa fille onl quitté l'hôl il des La Bartherie... Il- sonJ brouillés...
CHAMILLAC.
Non... je ne savais pas... Parce que?
HUGONNET
Parce que le général a su que c'était sa belle-sœur qui avait envoyé le commandant chez toi dans cette fameuse nuit.
SOPHIE
El le général est toujours très aimable avec vous, n'estce pas?
CHAMILLAC.
Très aimable,., non... poli, — mais froid.
Dame! Il ne peut pas te faire d'avances non plus?... Ce ne sérail pas convenable, franchement!
II? recommencent leurs signaux. Ils semblent se rejeter l'un sur l'autre l'embarras d'une communication «liflicile.
CHAMILLAC.
Ah ça! mais, décidément, qu'est-ce que vous avez donc tous deux? Vous vous faites des signaux extraordinaires... Qu'est-ce qu'il y a?
^••l'IlIE, après un nouveau regard à Hugonnet, se levant brnsquemi
Eh Lien! mon ami, il y a... il y a, que je vous présente mon mari !
HUGONNET, qui B'est levé également.
Et moi ma femme !
CHAMILLAC, abasourdi.
Qu'est-ce que c'est que celle plaisanterie-là?
440 GHAMILLAC
-OPHIE, à nhamilbe.
Mon ami, voilà... Quoique vous ayez une passion profonde pour une certaine personne qu'il est inutile de nommer, je suis Lien sûre que vous étiez prêt à nie tenir parole, el à m'épouser. Mais je vous devais trop, Chamillac, et je devais trop aussi à cette personne pour ne pas saisir avec bonheur l'occasion de vous rendre une liberté don! vous ferez l'un ei l'autre un si bon usage...
CHAM1LLAC.
Mais quelle folie! Gomment!
SOPHIE
J'avais pris Hugonnet pour confident, et savez-vous ce que j'ai découvert... il m'adorait, cette bète-là!... Il mourait d'amour pour moi... Eh bien, lui ai-je dit, ça se trouve parfaitement... je vais faire ton bonheur et celui de Chamillac en même temps... Il y a de cela trois semaines, cher ami... et toutes les formalités accomplies, nous nous sommes mariés ce matin, à la mairie et à l'église... Voilà l'histoire!
Elle est très émue et essuie une larme.
Ah! si tu pleures. Sophie... ca n'est pas agréable pour moi, tu sais ?
SOPHIE, eu larme-.
G'esl de joie, mon ami.
CHAMILLA.C, troublé et incertain.
Comment... c'est vrai?... et cela sans un mot... sans me préYenir... sans savoir enfin...
SOPHIE
Savoir quoi? Est-ce que je ne sais pas tout?
BUGONNBT.
Elle a pensé, mon ami, el moi aussi, que si elle te con-
ICTE CINQUIEME (41
sultait, tu i«' ferais un poml d'honneur et de délicatesse d( lui tenir -parole— même contre tes sentiments véritables... elle a voulu t'épargner cette épreuve... el enchaîner sa Liberté pour te rendre la tienne.
CHAMILLAC.
Et que voulez-vous que j'en fasse de ma liberté? — Quand même cette jeune femme aurai! pour moi quelque affection... ce qui est douteux...
SOPHIE
Non!
<:ir \ M I LL.\ i..
Enfin... même en le supposant... ne t'avais-je pas dil formellement, à toi, Hugonnet, qu'il y a, entre elle el moi, an obstacle insurmontable?
Mais cel obstacle, j'ai compris, moi, que c'étail son mariage si prochain avec M. d'illiers... Une fois i<- mariage rompu, j'ai cru que l'obstacle n'existait plus!
CHAMILLAC.
Comme avant... elle a beau être libre... Nous sommes aussi séparés que jamais... nous le serons toujours...
SOPHIE
Est-ce possible !
Le domestique ouvre la porte.
LE DOMESTIQU E .
Le général, monsieur!
CHAMILLAC
Faites entrer!
442 CHAMILLAC