‹ Theatre complet. --Chapitre 63 sur 318 · ACTE QUATRIEME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME

BSRTB t.

Vous >avez aussi bi«n que moi, milord, ce que vûuî pouvcz me dire, el ce qu<' je puis entendre.

lord a s t le y.

Madame, je le sais en effet; cependant, -i j'osais entrer dans votre confiance avec plus de liberté' que les convenances communes ne semblenl te permettre, il faudrait m'excuser... La discrétion et la délicatesse même me parai ssenl des devoirs secondaires, quand il s'agil du repos, peut-être de la vie... d'une femme comme vous.

Berthe le regarde fixement, pois prend une attitude qui l'invite à parler. Lord Astley s'incline et poursuit. Pendant le reste de la scène, Bertbe

écoute aven une dignité triste, sans prononcer un mot, ne répondant que par son attitude, sa physionomie el ses regard?.

LORD ASTLEY

Il y a quelques semaines, pendant une nuit de fête qui fut cruelle pour nous deux, j'étais à quelques pas de vous, dans ce parc (n montre la fenêtre), quand madame de Chelles s'y rencontra avec M. de Savigny... Au moment où une lumière... terrible pour vous et pour moi... jaillit de leur entretien... j'allais les interrompre... Je vous vis alors, à demi e'gare'e, vous avancer d'un pas de fantôme, ne sachant pas vous-même, n'est-ce pas?... ce que vous alliez dire... ce que vous alliez faire... Votre raison et votre courage dominèrent votre trouble... mais vos forces vous trahirent... vous perdîtes connaissance... Je puis dire avec vérité qu'en ce moment vous avez sauve' la vie à M. de Savigny ou à moi... Dès cette minute, madame, je vous ai voué dans le secret de mon cœur des sentiments que j'ose croire dignes de vous, ceux d'une estime profonde et d'un respect absolu; ces sentiments, je voudrais vous les prouver par des conseils suprêmes d'un caractère bien délicat sans doute, bien intime, mais que vous daignerez souffrir, je l'espère, comme le testament d'un ami que voit- ne

verrez plus... (sur un regard -le Bertbe, il eontinne.] VOUS traversez

•ri LE SPHINX

une épreuve affreuse, madame, et vous Ja traversez avec un courage et une dignité' admirables... Jamais une scène, jamais une larme, jamais un signe même de soupçon ou de froideur, vous souffrez le martyre, et vous le souffrez sans une plainte... Non seulement cela est bien, mais cela est habile... Dans la vie, comme à la guerre, la vaillance n'est pas seulement le parti le plus honorable, c'est aussi le plus sur... Le cœur qui a pu vous e'chapper un instant, et que vous me'nagez avec tant de bonté, ce cœur vous reviendra... il vous est déjà revenu peut-être... car ces passions, violentes comme la foudre, sont aussi passagères comme elle. Persistez dans votre sage et fière conduite... Comptez sur l'avenir qui est encore si long pour vous, je le

Crois... je l'espère... et Cependant... (il hésite, se lève et reprend.)

Donnez-moi le courage d'achever, madame, de remplir jusqu'au bout le pénible devoir que je me suis imposé... dites-moi que je ne puis être suspect à vos yeux de me venger d'une femme et de m'en venger par la calomnie ? Non... n'est-ce pas'?... Eh bien, il peut venir tel moment, telle extrémité où votre repos, votre foyer, votre dignité ne seraient plus seuls menacés... Ah! je sais comme vous, je sais trop tout ce qu'il y a eu. tout ce qu'il y a encore de noble, de généreux, de charmant, au fond de cette âme étrange et troublée... mais je sais aussi tout ce qu'il y a de redoutable... Les femmes comme elle, sachez-le bien, sont des astres échappés de leur orbite et qui n'ont plus de lois... ils touchent aujourd'hui à l'héroïsme, demain au crime... Si jamais, elle devenait veuve... gardez-vous!...

Adieu, madame... Il fait quelques pas pour -e retirer, puis revenant veis

Yuii> me pardonnez"?

Berthe avance aie main qu'il serre avec respect, puis il se dirige vers la porte.

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