‹ Theatre complet. --Chapitre 71 sur 318 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

BLANCHE

Non... Depuis mon entrée ici... le trouble <1<> tes yeux, la sécheresse de tes paroles sonl étranges... !l y a quelque chose.

BERTHE, qui B'est assise.

Vraiment, tu imagines cela!

BLANCHE

Jure-moi qu'il n'y a rien de nouveau entre nous.

BE nr h e.

Non... rien de nouveau...

BLANCHE

De quel ton tu me dis cela! Dis-le-moi donc bien en face... là, dans les yeux!

BERTHE, se levant tout à. coup et éclatant.

Ah !... tu veux savoir si j'ai tes lettres, n'est-ce pas?...

Eh bien... Oui... je les ai! (Blanche se lève brusquement et lui jette un regard farouche. Berthe soutient ce regard, puis elle va rapidement au meuble qui est près de la fenêtre, ouvre le tiroir où elle a mis les lettres, et les lui montrant.) Les Voilà!

BLANCHE, après une minute d'hésitation, sombre et menaçante, se rasseyant.

Eh bien... que vas-tu faire?

BERTHE, rejetant les lettres dans le tiroir et se rapprochant.

Te perdre, si tu m'y forces! — Écoute, Blanche... je ne les ai, ces lettres, que depuis quelques heures... et Dieu sait qu'en les prenant, la pensée ne m'était même pas venue de m'en servir contre toi. — Elles ne m'ont rien appris... depuis le premier instant, je savais tout... ce n'étaient donc pas des preuves que je cherchais... C'était... que sais-je?... c'était la seule consolation des douleurs inconsolables, hélas!... On s'en abreuve, on veut les épuiser jusqu'au fond!... Puis je comptais les remettre, ces

lettres où je les ai prises... et continuer de subir, comme avant, la vie qui m'était infligée... Mais, maintenant... tu le comprends... c'est impossible... Mon existence entre vous deux, quand vous savez que je suis instruite, ne serait plus seulement horrible, elle serait dégradante... J'acceptais le supplice... la dégradation jamais ! — 11 faut que tu partes !

BLANCHE, arec un froi.l désespoir.

Et où veux-to que j'aille"?

Où lu voudras... mais il faut que tu partes... et dès demain!

BLANCHE

Quelle raison... quel prétexte donner à mon beau-père pour m'éloigner de vous si brusquement et pour toujours?

i;er t h e .

Les prétextes... tu les trouveras! tu n'en as jamais manqué!

BLANCHE, s'irritent

Si je partais... es-tu bien sûre que je partirais seule?

BERTHE

Si tu ne partais pas seule... mon malheur n'en serait pas plus grand, et il serait plus digne!

BLANCHE

Et si je refuse?

BEBTHE.

Si tu refuses... dans dix minutes, ton beau-père aura tes lettres!

BLANCHE

Si tu fais cela... lu sais ce qui m'attend?

Page 1