ACTE II, SCÈNE III
PAULINE, l'embrassant.
Mauvaise!... Mais n'est-ce pas servir ta cause que tâcher, jusqu'à la dernière minute, de te démontrer que c'est toi qui es dans l'erreur? Ton mari n'est pas un vilain homme. Voyons, crois-tu qu'il y en aurait un autre pour supporter que sa femme... ne soit pas sa femme?... Il y a même une reconnaissance que tu lui devrais bien...
IRÈXE.
Laquelle ?
PAULINE
Celle de ne pas être un brutal, comme plus d'un se le permettrait. Et tu n'aurais que ce que tu mérites.
IRÈNE
Non, Pauline, du fond de ta conscience, tu ne peux me conseiller l'immolation de ce grand sentiment de soi-même qu'une femme éprouve par-dessus tous les autres î...
PAULLNE.
C'est pourtant ton devoir d'honnête femme.
IRÈNE
Non! non! Je n'admettrai jamais qu'il puisse y avoir un devoir... honnête, dans une pareille contrainte !
La religion, là aussi, te commande l'obéissance.
IRÈNE
Non, la religion, toute faite qu'elle soit d'abnégation, n'en peut commander d'aussi humiliante à aucune de ses créatures!... Ne nous enseignet-on pas, d'ailleurs, que la chasteté est l'état le plus proche de Dieu?... Et je n'imagine pas de péché plus misérable que d'imposer une complaisance à sa chair... Quoi! ce serait là le mariage? On aurait transformé un tel mensonge en institution sacrée! Sentir, dans un être, le seul obstacle à tout son bonheur, l'abominer de toutes ses forces, et lui laisser confondre l'instant de ses plaisirs avec celui où l'on rêverait le plus ardemment sa mort!... Ah! la profanation! la honte! la sale canaillerie lâche!
PAULINE
Irène, tu aimes quelqu'un?
IRÈNE
Pourquoi ?
PAULINE
Parce que l'on ne s'exalte pas ainsi contre quelqu'un, mais pour quelqu'un.
IRÈNE
Et quand même cela serait!... Je n en aurais