ACTE II, SCENE III
donc qu'une raison de plus pour aspirer à ma délivrance !
PAULINE
Mais, ma pauvre chérie, un nouveau mari, tu le prendrais en grippe à son tour, comme tu as pris l'ancien, par ces causes indéfinies qui sont en toi.
IRÈNE
Je ne suis plus l'inconsciente jeune fille qui m'en suis rapportée bien plus à toi qu'à moimême, quand tu m'as déterminée à épouser Robert Fergan. Tu avais ton expérience. Je m'en suis remise à ta grande et chère autorité ! Enfin, ce n'est pas moi qui me suis mariée, il y a dix ans; c'est une autre que j'ai été à peine, et dont je ne me souviens presque pas. Mais, maintenant, je me sens être quelqu'un. Je suis devenue Moi... Je sais ce que je veux et ce que je ne veux pas, et ce que je ne peux plus?... cette lutte qui me déchire, mon cœur qui m'étouffe, et les envies... terribles... de me tuer!...
PAULINE
Ahî tais-toi! au nom du ciel!.., Que devenir? que faire?
IRÈNE
Tu le sais bien : c'est entendu, c'est promis. Tu avais jusqu'ici toujours retardé l'heure... La voici arrivée. C'est pour cela que tu viens...
Tu le veux donc absolument?
IRÈNE
Tu vas tout de suite aller chez mon mari. Dislui ce que tu trouveras de mieux, de plus touchant, de plus décisif. Moi, je n'ai aucun crédit sur son esprit. Il se bornerait, une fois de plus, à me traiter de folle. Toi, il t'écoutera. Il me vante toujours ton sérieux, ton bon sens. La gravité de ton avis le fera réfléchir.
PAULINE
Mais, enfin, pour divorcer, faut-il au moins articuler un motif... présenter un prétexte...
IRÈNE
Il suffira que mon mari se mette d'accord avec moi sur les moyens que nous devrons adopter, inventer, simuler, pour obtenir un jugement qui m'affranchira. Oh ! dis-lui tout au monde jusqu'à ce qu'il te cède! Ne te laisse pas repousser de prime abord. Insiste, supplie, fais-lui peur: va, tu le peux bien... Et, toi-même, aie très peur: il y a de quoi !