‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 114 sur 209 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

MICHEL

Parce que je sais, moi, que si je ne viens pas, je ne vous verrai point. Tandis que vous, vous pouvez toujours croire que je viendrai.

IRÈNE

Et alors ?

MICHEL

Alors votre temps se passe à espérer que peut-être vous me verrez, pendant que, moi, je sens, de minute en minute, se répéter la certitude de ne pas vous voir, si je ne vous désobéis.

Durant ces jours si longs et si nombreux oii nous existons loin l'un de l'autre, ne pensezvous jamais que notre sort pourrait changer?

MICHEL

Je n'ose rien souhaiter... Vous pensez cela, vous?

IRÈNE

Malgré votre absence, je vois toujours votre front pâle, tous ces traits douloureux d'une maladie que je voudrais guérir.

MICHEL

On ne guérit pas de l'amour que j'ai !

IRENE

Je songe à ce que vous soyez délivré de cet air de souffrir, et que vous deveniez peut-être heureux, très heureux!...

MICHEL

Pauvre amie! Gomment cela se pourrait-il .^

IRÈNE

Quand je ne suis pas là, vous me voyez aussi, n'est-ce pas?... telle que je suis... et puis telle que je pourrais être!

MICHEL

Oui, il y a des heures où vous m'apparaissez, tout éperdue de réalité, toute frémissante de vie, tout inconnue encore de moi, m'appartenant par miracle, sans qu'il flotte sur nous l'ombre d'un reproche.

IRÈNE

Ail! que votre âme est pareille à la mienne, et que notre amour me paraît plus grand dans toute l'étendue de nos fiertés!... Ni l'un ni l'autre, nous n'avons conçu la possibilité d'un semblant de bonheur dans la déloyauté...

MICHEL

C'est vrai.

IRÈNE

Écoutez : depuis longtemps, sans vous en avoir

'^ri-.XF. VI

parlé, je poursuis le but de nous unir sans remords et à jamais...

MICHEL

Que voulez-vous dire ?

IRÈNE

En cet instant même, notre sort, à tous deux, se décide. Pauline met en demeure mon mari de prononcer s'il veut que nous nous rendions, Tun à l'autre, le'galement, nos droits et nos libertés, comme deux adversaires qui finissent par signer ensemble un traité honorable...

MICHEL

Et vous espérez?...

J'espère qu'il va céder. Je ne saurais m'attendre à un acharnement insensé, de sa part, contre la seule solution imaginable... Comment n'aurait-il pas aujourd'hui le même besoin que moi de se libérer? On ne peut pas vouloir rester en enfer!

MICHEL

Oh ! je veux vous croire... je vous crois !

IRÈNE

Mais, pour devancer le grand événement qui s'agite, là en dehors de nous, une grande résolution aussi s'impose, à vous et à moi. Ce projet de partir, auquel je me suis opposée naguère, il va falloir maintenant que vous l'exécutiez.

MICHEL

Vous quitter!

IRÈNE

Oui ! . . . S'il m'est donné de pouvoir devenir votre femme... alors, ce sera dans un an peut-être qu'il vous sera permis de revenir, après les délais qui nous sépareraient encore...

MICHEL

Un an !

IRÈNE

Si ma chaîne ne devait pas être brisée... {D'une

voix qui s'étrangle.) nOUS ne UOUS rCVCrrOUS pluS... MICHEL.

Irène !

IRÈNE

Nous serons pour toujours séparés, chacun dans la dignité de notre deuil, dans le deuil des mariages promis, qui ne doivent plus se conclure!...

MICHEL

Oh ! mon aimée ! mon amour !

IRÈNE, très grave.

Du fond de l'âme, sommes-nous d'accord?

MICHEL

Mais je ne peux plus m'éloigner de vous, à présent! Je n'ai plus cette espèce d'énergie sau-

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