‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 120 sur 209 · ACTE II, SCF.NE IX · texte numérisé non relu

ACTE II, SCF.NE IX

FERGAN

Ce serait mon droit. Mais j'ai mieux à vous répondre. Voici: le jour de notre mariage, j'ai conclu avec vous, de tout cœur et de bonne foi, un contrat très clair, qui faisait de moi un homme marié. Ce contrat doublait ma situation, moralement et matériellement. Ce contrat, j'en ai observé toutes les clauses; je me suis conformé à son esprit, sans une arrière-pensée. Aujourd'hui, vous venez délibérément me demander de m'amoindrir, de n'être plus qu'un homme divorcé, un homme qui vend la moitié de ses immeubles, qui vide à moitié son portefeuille, auquel il ne reste qu'une demi-façade dans la société. Tout cela parce qu'il vous plait de ne plus avoir de goût pour ma compagnie?... Allons, avouez que mes motifs sont un peu plus sérieux que les vôtres?... En tout cas, tel serait l'avis de tous les conseils de famille et de tous les tribunaux du monde !

IRÈXE.

Moi, je cric mon horreur de feindre cette vie de mariage que nous n'avons pas, d'être l'un et l'autre, sans cesse, à nous attiser dans la haine, alors que l'on n'est ici-bas que pour aimer et faire son bonheur du bonheur que l'on fait. Vous, vous me parlez de respect humain, d'actes notariés et de choses de cette espèce!...

FER(iA\.

Vous avez voulu m'imposcr que votre exis-

tence, à mon propre foyer, fût celle d'une étrangère pour moi : je vous traite en partie adverse, contre qui j'ai titres et signatures, sans autre sentiment que celui de mes droits.

IRÈNE

Ah! oui, j'admets toutes les lois qu'on voudra pour régir les fortunes, déterminer le sort des Biens, assurer aux uns leur argent et même celui des autres, — car le mien, dans tout ceci, je n'y avais pas seulement songé... Mais je n'admets pas que la loi fasse d'un être la propriété à tout jamais d'un autre être!...

FERGAN

Vos propos sont la négation même du mariage, dont le premier principe est qu'on n'en puisse pas sortir à volonté ! . . .

IRÈNE

Allons donc ! H y a une époque, toute récente encore, où, ici même, en France, la décision d'un seul des époux suffisait pour faire rompre son mariage...

FERGAN

Qui vous a enseigné cela?

IRÈNB.

L'avoué.

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