ACTE III, SCÈNE III
PAULINE
D'ailleurs, pourquoi ne me lavouerais-tu pas maintenant I N'est-ce pas que tu as eu Tidée d'épouser Michel Davernier?
IRÈNE, se détournant.
C'est possible.
Tu vois bien!... Ah! que de fois je me suis représenté que la pire de tes douleurs aurait été de perdre le bonhe^jr, après l'avoir conquis!
IRÈNE
Il n'y aurait eu qu'à me laisser me faire ma part de bonheur. Le reste me regardait.
PAULINE
Non, va! C'est alors que tu aurais vraiment connu les abîmes de la souffrance humaine, si, montée en plein ciel avec un être aimé, il t'en avait fallu retomber tout d'un coup, lui mort, dans tes bras !
IRÈNE
Si j'avais épousé Michel, il ne serait pas mort! Je l'aurais préservé de mourir. J'aurais été là à toute minute, pour le soigner d'amour, le guérir de caresses. Je lui aurais épargné ce qui, dans sa vie sans foyer, l'aura rongé, assailli, usé : les
solitudes, les anxiétés, les imprudences, tout ce
qu'on ne sait pas... (Comme se parlant à elle-même.) tout
ce qu'on ne peut pas savoir.
PAULINE, secouant la té le.
Pffï! un poitrinaire !... fils de poitrinaire!...
IRÈNE. hniileverRf^e.
Tais-toi ?
Qu'as-tu !
IRENE, .se conlPiuinl.
Rien : L'affreuse pensée de cette loi de mort !... I {Évasivement.) Le souvenir!... Pourquoi m'as-tu parlé de cela?...