‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 149 sur 209 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

HENRIETTE

Allons donc 1 tu t'es monté la tetc ! c'est ridicule !

LAURE, avec plus de force encore.

J'ai vu tout ce que Ton peut voir.

HENRIETTE, interloquée.

Ah!

LAURE

Tu ne dis plus non? tu le savais? Pourquoi ne m'as-tu pas mise en garde contre cette femme?

HENRIETTE

Je t'en ai toujours dit du mal.

LAURE

Intimes comme nous sommes, on se dit du mal de tout le monde, sans que cela signifie rien de particulier contre personne... Depuis quand t'étais-tu aperçue de la chose ?

HENRIETTE, évaluant.

Deux ans...

LAURE, (louloiireusement.

Tant que ça!... Le pire que j'eusse supposé en essayant de me rappeler toute chose, c'était une liaison entre eux qui ne fût vieille que de

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quelques mois!... Mais, d'après toi, voilà qui profane encore bien des souvenirs que je pensais pouvoir garder intacts. {Avec dégoût.) L'ai-je donc si longtemps partagé!

HENRIETTE

Ne va pas te chercher des tourments dans le passé. Le présent suffit... Où en es-tu avec ton mari?

Lorsque les premières alarmes me vinrent, j'eus la naïveté de les lui confier timidement. Cela le fit rire, par contenance. Ensuite, mes angoisses grandissant, je me plaignis jusqu'aux larmes. Alors M. de Raguais s'imposa la peine de me rassurer ou de me consoler. Et pendant plusieurs semaines mes crises de reproches, mes élans de jalousie finirent toujours par des faiblesses, où j'eus la honte de redevenir presque heureuse.

HENRIETTE

Enfin, comment as-tu découvert la vérité?

LAURE

Quand mes soupçons se furent avivés jusqu'à être le plus intolérable des supplices, je résolus d'agir. Je cessai de montrer la moindre défiance à M. de Raguais. Je lui rendis toute quiétude, et, traîtreusement à mon tour, je le fis suivre dans la rue.

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