‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 152 sur 209 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

HENRIETTE

Il faut lutter!... Tu es belle. Tu as l'âge où la femme possède tous ses charmes... avec Tart de s'en servir. Tu n'as qu'à vouloir t'en donner la peine pour reconquérir ton mari.

LALRE.

Tu te me'prends sur mon caractère : c'est moi qui ne veux plus de M. de Raguais.

HENRIETTE

Gomme si ça ne crevait pas les yeux que tu l'aimes toujours!

LAURE

Ne m'oblige pas à m'avouer cela! Je ne sens que trop ma lâcheté dans cette hâte que j'ai d'échapper à sa présence... J'ai pu me laisser engourdir pendant les heures d'incertitude, mais aujourd'hui que le doute ne m'est plus permis, quelle femme serais-je si, conservant un lien avec cet être, je m'exposais à l'abjection d'être un jour encore grisée par ses baisers, qui ne sont plus que de la galanterie ou du vice!... Ah! je me réveillerais de là avec un si mortel dégoût de moi que, je te le jure, je n'y survivrais pas!

HENRIETTE

Oublies-tu que vous avez une grande fille de douze ans?

268 LA LOI DE l'homme

LAURE

Par-dessus tout, je pense à cela... Et mon amour pour elle me rend encore plus intraitable. Ma fille est tout ce qui me reste. Je veux lavoir à moi... ou ne la partager à Tavcnir que le moins possible. C'est à moi que la justice devra en confier la garde... 11 faut que l'époux coupable soit traité en père indigne. Je ne supporte plus que M. de Raguais s'installe entre Isabelle et moi, ni que désormais il embrasse ma fille sous mes yeux!

Page 1