‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 151 sur 209 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

guàt dans ma chambre, et dans robscurité, à l'heure du déjeuner. . . Je ne l'ai pas encore revu. . . i\Iais, hier au soir, dès qu'il a été parti, j'ai fait ouvrir par un serrurier, sous prétexte d'une clef perdue, le seul meuble que M. de Raguais tint toujours fermé.

HENRIETTE

Il a dû prendre l'éveil de cela à son retour?

LAURE

Ce sont ses domestiques qu'il soupçonne, en attendant que je les disculpe. Moi, il me croit définitivement dupée. D'ailleurs, il a retrouvé ses papiers à leur place. J'avais espéré saisir des lettres de conviction... Mais rien!... Une photographie sans dédicace, des lettres très parfumées commençant par: «Cher monsieur», et finissant par: «Mille choses aimables à Laure... » Du moins, j'ai pu conclure de là que les complices étaient décidés à ne jamais se compromettre par écrit et qu'il me fallait m'y prendre autrement.

HENRIETTE

Quel projet as-tu?

LAURE

Je veux obtenir ma séparation...

HENRIETTE

Ce n'est pas possible que tu veuilles faire cela

LA LOI DE L HOMME

si vite, avant d'avoir tenté les dernières chances d'un rapprochement?...

LAURK.

Je les ai toutes épuisées pendant que je me débattais encore dans les conjectures...

HENRIETTE

Je n'admets pas qu'un homme qui a la bonne fortune d'être ton mari puisse te préférer définitivement une autre femme.

LAURE

Ah! si tu te mets à raisonner les goûts des gens!... Et quand je serais à me répéter, à vouloir me persuader que je vaux mieux que ]\|mo d'Orcieu, cela changera-t-il rien au fait qu'il me trompe avec elle?

Un caprice !

HENRIETTE

LAURE

Un caprice?... pour lequel, depuis deux ans — c'est toi qui l'as dit — il s'infligerait une existence embarrassée, furtive, compliquée de scènes conjugales, qui ont dû l'excéder autant que moi ! . . . Non ! non ! M. de Raguais est un bourreau d'amour. 11 en a prodigué ici la somme dont il disposait en ma faveur. Maintenant il aime ailleurs... comme il m'a aimée!

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