SCÈNE m
guàt dans ma chambre, et dans robscurité, à l'heure du déjeuner. . . Je ne l'ai pas encore revu. . . i\Iais, hier au soir, dès qu'il a été parti, j'ai fait ouvrir par un serrurier, sous prétexte d'une clef perdue, le seul meuble que M. de Raguais tint toujours fermé.
HENRIETTE
Il a dû prendre l'éveil de cela à son retour?
LAURE
Ce sont ses domestiques qu'il soupçonne, en attendant que je les disculpe. Moi, il me croit définitivement dupée. D'ailleurs, il a retrouvé ses papiers à leur place. J'avais espéré saisir des lettres de conviction... Mais rien!... Une photographie sans dédicace, des lettres très parfumées commençant par: «Cher monsieur», et finissant par: «Mille choses aimables à Laure... » Du moins, j'ai pu conclure de là que les complices étaient décidés à ne jamais se compromettre par écrit et qu'il me fallait m'y prendre autrement.
HENRIETTE
Quel projet as-tu?
LAURE
Je veux obtenir ma séparation...
HENRIETTE
Ce n'est pas possible que tu veuilles faire cela
LA LOI DE L HOMME
si vite, avant d'avoir tenté les dernières chances d'un rapprochement?...
LAURK.
Je les ai toutes épuisées pendant que je me débattais encore dans les conjectures...
HENRIETTE
Je n'admets pas qu'un homme qui a la bonne fortune d'être ton mari puisse te préférer définitivement une autre femme.
LAURE
Ah! si tu te mets à raisonner les goûts des gens!... Et quand je serais à me répéter, à vouloir me persuader que je vaux mieux que ]\|mo d'Orcieu, cela changera-t-il rien au fait qu'il me trompe avec elle?
Un caprice !
HENRIETTE
LAURE
Un caprice?... pour lequel, depuis deux ans — c'est toi qui l'as dit — il s'infligerait une existence embarrassée, furtive, compliquée de scènes conjugales, qui ont dû l'excéder autant que moi ! . . . Non ! non ! M. de Raguais est un bourreau d'amour. 11 en a prodigué ici la somme dont il disposait en ma faveur. Maintenant il aime ailleurs... comme il m'a aimée!