ACTE II, SCÈNE III
ANDRE
Est-ce que ce n'est pas affreux pour moi d'avoir si tôt à repartir, ignorant encore ce que votre mère pensera de nos espérances, de nos projets, sans lesquels je ne sais ce que je deviendrais? Pourquoi n'avez-vous pas au moins sondé, dans une de vos lettres, les dispositions de M"^^ de Raguais?
ISABELLE
C'est papa qui m'a défendu, non, priée, très sérieusement, de ne pas le faire.
ANDRE
JVlais quel motif de différer peut avoir M. de Raguais, puisqu'il est d'accord avec mes parents, puisqu'il nous a autorisés, vous et moi, à nous sentir promis l'un à l'autre?
ISABELLE
Papa m'a exprimé le désir que je ne préoccupe point maman de la question de notre mariage tant que je ne serais pas absolument sûre de mes sentiments.
ANDRÉ, avec angoisse.
Alors... vous n'en êtes pas sûre?
ISABELLE, souriaiile.
C'est ce que je dirai à ma mère, lorsque je m'ouvrirai à elle de mon secret... Oh ! il le fau-
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dra bien pour qu'elle n'ait pas de chagrin que je lui aie caché pendant plus de quinze jours le plus cher de mes rêves.
ANDRÉ
C'est très bien d'obéir à son père; mais je serais plus tranquille si vous n'aviez pas laissé votre mère dans l'ignorance de la vérité.
ISABELLE
Voilà que vous me grondez?... Déjà !
ANDRÉ
J'ai tort. D'autant plus que, moi aussi, pour ne pas mécontenter mon père, qui est toujours si correct, je ne lui ai point avoué que M'"^ de Raguais ne se doutait encore de rien. Excusezmoi, l'impatience me rend nerveux. Et ce mystère inutile me pèse.
ISABELLE, mélancoliquement.
Vous avez eu de la chance, vous, dans votre famille, de ne pas être obligé d'apprendre à jouer un rôle. Moi, je m'en tire de mon mieux. Quand je vis auprès de mon père, je me conforme à tout ce qu'il souhaite. J'obéis à tout ce que souhaite ma mère, lorsque je suis avec elle. 11 faut bien gâter ses parents. Ce n'est pas toujours aisé.