ACTE II, SCENE III
ANDRÉ
Pauvre Isabelle! Cela vous a dû faire une situation bien cruelle que vos parents soient séparés ! Au moins, mes efforts pour vous rendre heureuse en seront-ils facilités !
ISABELLE
Mon Dieu ! à parler égoïstement, je ne pourrais pas me plaindre. Je ne crois pas qu'aucune jeune fille ait été plus aimée, plus choyée que moi. Je vois bien que, tour à tour, chacun de mes chers parents fait tout au monde pour être mon préféré! Ainsi, vous-même, ne devinez-vous pas que vous êtes présenté à moi comme une bonne gâterie de mon père... la meilleure qu'il ait pu trouver !
ANDRÉ
Mais, justement, votre mère n'aura-t-elle pas une prévention contre moi de ce que je vous aie connue en dehors d'elle ?
ISABELLE
Cette pauvre merci... Oui, j'aurai besoin de lui adoucir son regret qu'elle ne vous ait pas ellemême découvert... En dehors de cela, que pourrait-elle objecter? Depuis longtemps vous êtes connu de papa. H vous voyait quand vous sortiez du collège. Vous êtes de famille excellente. Vous avez vingt-trois ans, et moi dix-sept, ce qui est un rapport d'âge parfait. Vous êtes officier, ce
LA LOI DE L HOMME
qui est une belle réponse à toutes les questions sur vous... Papa dit que votre position de fortune sera très belle.
ANDRÉ, d'un air capable.
Nos deux positions se vaudront un jour.
ISABELLE
Vous êtes fils unique, et moi aussi, je suis « unique ».
ANDRÉ
En effet, cela marchera tout seul.
ISABELLE
Et puis, je dirai à maman, sur vous, bien des choses... que je ne vous dis pas.