ACTE II, SCÈNE VI
d'un sujet qui vous touche vous-même en ]\P^ de Raguais, à qui vous êtes allié : Je n'attends plus que l'arrivée prochaine, m'a-t-on dit, de M"^^ de Raguais à Villerville, pour aller lui demander d'accorder la main de sa fille à mon fils.
KERBEL, abasourdi.
Laure n'est pas prévenue de ça?
ORCIEU.
Vous devez vous tromper : Isabelle l'y a certainement préparée... Mais qu'y a-t-il de quoi tant vous surprendre dans ce projet de mariage ?
KERBEL.
C'est que... je... Ils me semblent si jeunes...
ORCIEU.
Raguais et ma femme, elle-même, m'ont d'abord fait la même objection. Eux, ils étaient tout ^i fait récalcitrants à l'idée de cette union. Quand ils ont vu que les enfants commençaient à faire si bon ménage, ils les auraient séparés, ma parole, si je ne m'étais interposé. C'est moi qui ai confessé mon fils. Et précisément parce qu'il est tout jeune, je l'ai enhardi à vouloir vite se faire une vie d'amour unique, où ayant mis
MS LA LOI DE l'homme
tout son avenir, il sentirait plus tard naître la joie de tout son passé ! Je voyais ce brave garçon à la veille de partir pour cette existence de garnison, que j'ai menée à son âge, avec la solitude et le besoin d'être deux... Ah! j'ai connu cela: les plus belles années que Ton passe à démériter de la jeune fille dont, plus tard, on s'efforcera de marier les illusions à ses propres désillusions!... Les plaisirs grossiers ou coupables!... La femme d'autrui ou la femme de tout le monde!... Les aventures!... {Très assombri.) Et les basses querelles dont on est parfois obligé de se souvenir toujours!... Un ami... un frère d'armes... à propos d'une fille de café-concert que nous n'aimions ni l'un ni l'autre. . . Je l'ai tué. . . comme on est obligé de tuer ou de mourir à l'occasion, pour rien, pour la galerie, sans quelque grande excuse!
KERBEL, très ému.
Allons prendre l'air !