ACTE m, SCÈNE II
ISABELLE
Oh ! oui, VOUS me faites mal !
LAURE
Tu m'as devinée... {Isabelle fait signe que oui.) Ah!
sois sûre que je souffre, autant et plus que toi, de te voir souffrir I... de te- faire souffrir !... Mais il me faut demander ce sacrifice à ton dévouement chéri...
ISABELLE
Maman ! . . . Maman ! . . .
LAURE
Tu es jeune. La vie s'ouvre devant toi. En cet instant, c'est une épreuve h franchir. Mais tu mérites tous les bonheurs... et tu les auras !... Le rôve impossible que tu as fait, chasse-le de ta pensée.
ISABELLE
Mais ce rêve est toute ma pensée !
LAURE
Ne m'ôte pas la force de te parler. Tu sens bien que j'obéis à d'impérieuses raisons.
ISABELLE
Mais quelles raisons?
LAURE
N'aggrave pas ma tâche. Ne me demande rien,
336 LA LOI DE l'homme
je t'en conjure, en échange de ce que moi, je te demande. Dans ton ignorance, ne me reproche pas ma rigueur. Si tu étais tentée de m'accuser de cruauté, dis-toi bien que, moi aussi, j ai déjà traversé, pour mon propre compte, des heures aussi douloureuses que celle-ci. Et j'ai payé, de ma vaillance, le droit d'être maintenant exigeante... non!... suppliante, envers toi.
ISABELLE
Pourquoi ne voulez-vous pas? Pourquoi?
LAURE
Ecoute : Moi aussi, j^aimais! j'aimais ton père! Je l'aimais plus que toi, ma douce adorée, tu ne peux aimer encore!... Qu'est-ce que c^est que tes imaginations, tes timides projets, tes frêles espoirs déjeune fille, en comparaison de la foi qu'une femme a jurée et reçue pour Féternité!... Toute ma vie, sans autre but au monde que de t'élever entre lui et moi, était fixée à mon mari...
ISABELLE
Alors pourquoi vous en êtes-vous séparée ?
LAURE
Ne me demande pas cela non plus! Répondsmoi que tu me crois aveuglément et que tu t'en remets à ma sollicitude, à la sincérité de l'émotion où tu me vois, à Telfort qu'il me faut faire