ACTE III, SCÈNE IX
ORCIEU.
Votre femme a-t-elle eu le scrupule de ce que sa révélation allait m'înfliger. Je vais à mon but comme elle a marché au sien, tout droit.
RAGUAIS.
Je suis engagé par des stipulations formelles envers M™® de Raguais, à lui assurer une existence indépendante.
ORCIEU.
A quelque engagement que vous ayez souscrit, c'est nul. Vos droits étaient inaliénables. Vous êtes toujours le mari, vous êtes toujours le maître.
RAGUAIS.
Il y a plus que ma signature : il y a ma parole.
ORCIEU.
La réparation que j'attends, vous ne pouvez pas plus y faillir que si c'était celle des armes.
RAGUAIS.
Allons donc ! Vos prétentions sortent de la mesure. Restons-en là. Je ne vous dois que de me battre.
ORCIEU.
La question est celle-ci : ou vous reprenez votre
LA LOI DE L HOMME
femme, et tout est conclu; ou bien tout se brise, et je chasse la mienne.
RAGUAIS.
Oh!... (A Laure.) Vous voycz, VOUS avcz livré contre moi un otage. C'est vous qui avez rompu notre traité. J'ai lutté de mon mieux pour vous mettre hors de cause; mais la résistance ne m'est plus possible. Maintenant, hélas! il faut que vous en passiez par la loi qui m'est faite.
LAURE, avec rage.
Jamais! Dépouillez-moi, si vous l'osez. J'aime mieux la famine que de me soumettre. Plutôt mourir, pourvu que ce soit loin de vous !
ORCIEU.
Loin de votre fille?
LAURE, avec désespoir.
Oui... si c'est à vous autres qu'elle reste!
ORCIEU.
Le cœur vous manquera bientôt pour la maudire sans remords, pour vous condamner vousmême à ne plus jamais la revoir...
LAURE, fondant en larmes.
Isabelle!... Ma fille!...