SCENE XIII RÉGINE, NOHAN
RÉGINE
Franchement, en quoi ai-je eu la maladresse de vous fâcher ?
ArXE I, SCÈNE XIII
NOHAN
Je ne comprends pas votre question, mademoiselle.
REGINE.
Vous êtes maintenant, avec moi, comme lorsque Ton a quelque chose contre quelqu'un... Ce soir même, vous alliez éviter de me donner la main.
NOHAN
Admettez que je sois un sauvage ; ne me reprochez pas une humeur à laquelle je ne puis rien.
REGINE.
C'est moi seule que j'accuse ; mais, par exemple, sans savoir de quoi... Quand mes cousins de Ligueil, après la mort de mon père, m'ont offert l'hospitalité, vous étiez comme l'enfant de leur maison. Vous veniez constamment déjeuner, dîner, chercher le commandant pour une promenade à cheval. Et ainsi,' vous et moi, nous avons alors véritablement fait connaissance. Même il m'avait semblé que nous avions été tout de suite de vieux camarades î Vous aviez une façon si cordiale, si aisée de me traiter... en garçon, que j'en étais bien un peu confuse... mais très contente.
NOHAN
J'ai eu tort, mademoiselle, à mon insu, d'avoir une telle familiarité, puisque vous l'avez sentie.
REGINE.
Pardonnez-moi les mots, puisque je les emploie à vous remercier des choses... Ce qui est certain, c'est que, après avoir eu le temps d'approfondir mon caractère, quand vous avez dû savoir tout à fait bien ce que j'étais, comment j'étais, alors que j'espérais mériter de vous une amitié encore meilleure, au contraire, vous êtes devenu subitement formaliste avec moi, horriblement respectueux... Et puis vous vous êtes fait si rare chez ceux qui me donnent asile, que vous m'avez eu l'air de vouloir m'y céder toute la place... N'avais-je donc pas su me tenir à la mienne?... et ne lui est-il pas suffisant d'être bien petite?
NOHAN
Je vous assure que vous vous trompez sur les faits, sur mes sentiments...
RÉGINE
Voulez-vous que je vous dise quand vous avez changé? C'est l'année dernière, juste à l'époque où a été rompu le projet de mon mariage.
NOHAN, anxieux.
Cette rupture a été un violent chagrin pour vous?
RÉGINE
Ah ! Toute ma peine ne m'est venue que de celle dont le comte de Neuchamps m'a rendue