ACTE I, SCÈNE XIII
témoin quand il m'a repris sa parole. Car cet honnête homme avait dû se faire une cruelle violence en renonçant à ce qu'il avait sans doute imaginé comme une sorte d'adoption, pour tirer de dépendance, de charge à autrui, de misère, la fille de son grand ami de Vesles.
NOHAX.
Puis-je vous demander quelle explication il vous a donnée?
RÉGINE
11 avait les yeux pleins de larmes : — « INIa chère enfant, m'a-t-il dit, j'ai pour vous une tendresse profonde; mais vraiment mes cheveux sont trop blancs. Le monde est si méchant qu'il ne croirait jamais à votre abnégation. Et je ne veux pas que ce soit vous qui ayez à souffrir de propos periides dont ma vieillesse seule serait la cause! » Après ces mots, il m'embrassa paternellement. Je l'avais écouté avec soumission. Mais, sans pouvoir me rendre compte de ce qui s'accomplissait alors dans ma vie, j'ai éprouvé la sensation d'un immense abandonncmcnt. J'avais follement besoin d'être soutenue, entourée d'affection ; et c'est sans doute cela qui me rendait plus exigeante que de raison et qui me fait encore aujourd'hui parler des aides que je n'ai plus trouvées auprès de moi... N'est-ce pas, monsieur de Nohan, si vous aviez deviné cette détresse, vous seriez resté là pour me remonter le moral?
NOHAN, très ému.
Ah ! mademoiselle, je suis à la fois pire et meilleur que les apparences ne peuvent vous en donner l'idée. Mais au milieu de tout cela, prenez l'assurance que j'ai pour vous un dévouement... suprême.
RÉGINE
Vrai?... Merci!.,. x\lors, je vous en prie, dans un temps oii vos amis de Ligueil ont tant de bontés à mon égard, ôtez-moi la conviction, et ne la leur laissez pas prendre, que c'est ma présence chez eux qui vous en écarte... Venez les voir... D'ailleurs vous n'êtes pas exposé à me rencontrer : je suis perpétuellement dans mon atelier, au troisième étage.
NOHAN
Vous travaillez beaucoup?
Je voudrais acquérir assez de talent pour en vivre matériellement... et moralement, puisque je suis condamnée à rester fille... et à devenir vieille fille.
NOHAN, comme inul(jré lui.
Pourtant...
RéCilNE-
Pourtant quoi?...