ACTE II, SCf:NE III
avez là, entre les yeux, un pli que je connais bien, et que je ne voudrais jamais vous voir.
NOHAN
Pourquoi cela?
RÉGINE
Lorsqu'on a eu, comme moi, beaucoup d'heures mauvaises dans la vie, je vous certifie que, contrairement à l'opinion courante, cela rend meilleure. Et alors on s'afflige devant la marque d'un souci sur le front d'un ami.
NOIIAN.
Vous croyez donc que je suis malheureux?
Oui.
NOHAN
Et vous voudriez que je fusse heureux? vous vous inquiétez quelquefois de cela ?
RÉGINE
Oui.
NOIIAN.
Et VOUS vous demandez de quoi je puis être malheureux et ce qui pourrait me rendre heureux?
RÉGINE
Oui.
NOHAN
Ah !... Et qu'est-ce que vous vous répondez?
RÉGINE
Rien.
{Un temps.)
NOHAN
Qu'est-ce qui peutfaire le malheur d'un homme?
RÉGINE
Bien des choses, je présume.
Une seule.
RÉGINE, évasivement.
Je n'ai jamais été homme, je ne puis deviner.
NOHAN
Eh bien, une femme, ne concevez-vous pas ce qui pourrait faire son malheur, en une seule chose... {Régine baisse les yeux.) qui serait une personne? {Régine fait un signe affirmatif sans relever la tête.)
Alors, réciproquement, vous comprenez que c'est d'une femme qu'un homme reçoit toute peine... et que c'est d'une femme, aussi, qu'il doit espérer toute joie.
RÉGINE, soiirianl.
De la môme?...