ACTE II, SCÈNE III
NOHAN
Généralement! Gela dérange moins.
RÉGINE
Il me semble qu'il faut ignorer qu'on fait le mallieur de quelqu'un, pour ne pas faire son bonheur.
NOHAN
Il n'y a de bonheur possible que si la femme aimée partage le sentiment qu'elle inspire.
RÉGINE
Est-ce que cela n'est pas arrivé déjà souvent?
Sans doute. Mais, pour commencer, comment l'homme aura-t-il trouvé en lui la hardiesse d'interroger le cœur de la femme?
RÉGINE
Cela doit être, en effet, bien gênant... pour tous les deux.
NOHAN
Pour moi, je crois que je n'aurais jamais la force d'attendre la réponse à ce que j'aurais ainsi déclaré.
RÉGINE
Quelquefois, dans des conversations pareilles,
on doit être fixé avant que Ton ait achevé sa phrase...
NOHAN, se reprenant, sur le point de se déclarer.
Mais si, au moment d'exprimer son amour et de poser la question... la question redoutée, si l'on avait le sentiment d'être un coupable, un grand coupable ! envers celle que l'on voudrait
prier d'être sa femme. [Tressaillement de Régine.) Et si
l'on se jugeait indigne de sa propre passion, tant que l'on ne se serait pas montré tel que l'on est, réhabilité dans la mesure du possible par l'aveu de sa faute avant tout autre aveu? Et si la lâcheté à ne pas avouer son amour venait, surtout, de ce qu'on n'osât pas d'abord avouer sa faute ?
Ma foi, mon ami, le personnage devient très intéressant. Je voudrais savoir sorti d'embarras cet homme si plein de scrupules, ce si galant homme que vous me dépeignez. Je souhaiterais que, pour arriver enfin au second et au plus cher de ses aveux, vous le soulagiez vite du poids qui oppresse sa conscience, peut-être bien sans raison, car, à moins qu'il n'ait affaire à un monstre d'indifférence et d'ingratitude...
NOHAN
Mais si cet homme était moi? Et si le sentiment que j'implore en retour pouvait être