‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 67 sur 209 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

leurs n'est pas déjà si mauvais, — tu avais le courage... c'est-à-dire la manie insupportable... de te considérer comme perdu et, pourtant, de ne t'inquiéter que d'avoir le temps, vis-à-vis d'elle... Bref! je l'avertissais que tu avais une communication immédiate à lui faire.

NOHAN

Est-ce qu'elle n'aurait pas eu le temps de répondre déjà?

LIGUEIL.

Régine ne répondra pas ; et elle n'avait pas à répondre.

NOHAX.

Que veux-tu dire?

LIGUEIL.

Tu vas la voir bientôt arriver.

NOHAN

Qui te permet de me faire espérer cela?

LIGUEIL.

Parce que, d'elle-même, elle n'a cessé de vouloir venir depuis que tu es blessé. Ma femme et moi nous avons été en continuel échange de courriers à ce sujet; nous avons fait l'impossible pour la contenir.

NOHAN

Et tu ne m'en avais rien appris !

Tu ne m'avais pas encore interrogé sur elle... Devais-je t'en parler le premier... augmenter ta lièvre... brûler moi-même ton sang?

NOHAN

Dis-moi encore, en ton âme et conscience : si elle veut bien s'associer à mon projet suprême, estimes-tu alors que, malgré le nouveau scandale de ce duel, la justification de M^^^ de Vesles apparaîtra complète aux yeux du monde ?

LIGUEIL, bourra dans sa bonté.

L'opinion... L'opinion de l'opinion! Tiens, je commence à en avoir assez! On a dit, on dit, on dira... Qui ça, On? Ce n'est jamais tout le monde; c'est même rarement deux interlocuteurs: ils se contredisent. C'est à peine soi... quand On, Monsieur On, est tout seul à se raconter des histoires... Sacrifier à l'opinion, vouloir la prédire, tâcher de la définir! Et comment cela? Elle prend le bien pour le mal, le mal pour le bien et souvent encore le mal pour le mal, et quelquefois aussi le bien pour le bien... Et voilà pourquoi cette fille n'est pas muette.

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