ACTE I, Sr.ÈNE V
tion des Droits de l'homme, on le cite comme un de vos fervents appréciateurs.
THÉROIGNE
Peut-t^tre n'est-il pas indilTérent à toute la vivaeitc^ de mon admiration pour lui.
LEMPEiuan.
N'est-ce que de l'admiration?
TIIÉnOlGNE.
On ne peut qu'admirer M. Sieyès. Il y a, dans son intelligence, une rigueur qui repousserait de l'aimer.
LEMPEREUR
Mademoiselle, vous ne voulez pas faire de confidences...
Sire, M. Sieyès a été ordonné prêtre. 11 est resté chaste. Il m'a gagné l'àme, comme il appartient à un prêtre qui connaît l'art de parler aux cœurs blessés ou honteux.
LE.MPEREUR, coiifuUant le dossier.
Voici, en effet, une pièce qui projette une certaine ombre sur votre passé... 11 paraît que, dans les années qui précédèrent 1789, on remarquait fréquemment à l'Opéra, surtout au concert spirituel, une inconnue, toujours seule dans une grande loge, couverte de diamants, et dont les relations, les ressources, étaient pour tous un mystère... Le rapport ajoute que c'est la même
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personne qui, depuis la Révolution, a reparu sous le nom de Théroigne de Méricourt.
THÉROIGXE.
Sire, il y a déjà longtemps que je ne possède plus ni bijoux, ni luxe, ni rien, ayant répudié la première existence où m'avaient fait tomber l'absence de conseils et de bons exemples, le manque d'instruction!... Mais du jour où je fus parvenue à me créer une conscience, je me jetai dans le travail. J'appris le chant. J'allai remplir des engagements à Londres, à Gênes, à Rome, à Naples...
L'EMPEREUR
Il vous fallait pourvoir à votre enfant.
THÉROIGNE, farouche.
Je n'ai pas d'enfant.
L'EMPEREUR
Pourquoi protester de la sorte? Je lis, ici même, que vous avez accompli vos devoirs de mère, en appelant pour une maladie, en avril 1788, un médecin et un chirurgien, qui n'eurent pas la main heureuse. Leurs reçus concernent des soins donnés à feti la fille de la demoiselle Théroigne.
THÉROIGXE, fondant en larmes.
Ah ! Sire, quelle plaie vous m'avez rouverte !... Elle avait neuf ans!... Ma petite!... Ma pauvre petite, venue autrefois au monde sous tant de
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misères!... La seconde femme de mon père, quand ma faute fut (^vidonte, m'avait ciiasst'e de la maison. Et celui donl je m'attendais h devenir la compagne, qui me l'avait juré, m'a fait à son tour chasser par son valet!... Oui, ceci est une apparition horrible : un homme était à vous pro- (lijïner des tendresses et des égards d'e'poux. Puis, soudain, parce qu'un enfant va naître de lui, cet iiomme décroche le masque conjugal, découvre ane glaciale ligure d'étranger. Et la bote d'agrément, que, sans rien de plus, l'on était donc pour lui, il la traite désormais moins bien qu'une chienne à qui, dans un coin, l'on ne refuse pas (le niche pour qu'elle y garde la vie, et la donne!... Sire! je viens d'être importune! que votre indulgence l'oublie !... Mais d'avoir entrevu les maux que j'eus h subir, vous comprenez peutêtre déjà mieux pourquoi, dans la Révolution, j'ai tout de suite étreint l'espoir d'une seconde vie sur cette terre. Et, en même temps que moi, d'un bout de la France à l'autre, la chair palpitante de toute une race qui, pendant des siècles de servitude, a gémi, péché, lutté, rêvé, cette chair à bâton, cette chair à bon plaisir croit maintenant saluer l'aurore d'une nouvelle Rédemption.
LEMPERELR.
Rien ! bien ! mademoiselle ! Nous en voici précisément à votre rôle révolutionnaire. Quand la justice s'est mise à rechercher les auteurs de troubles, si vous n'aviez rien à vous reprocher pourquoi vous ètes-vous enfuie à Liège?
THEROIGNE.
Je ne me suis pas enfuie. Je suis ailée voir mes frères, dans mon pays natal.
L'EMPEREUR
Ainsi, pour vous mêler des affaires de France, vous n'êtes pas même française. Liège dépend de la couronne d'Autriche : vous êtes ma sujette.
THEROIGNE.
De naissance, je n'ai appris, je n'ai entendu chez les miens que le français. Et j'ai trop sincèrement donné mon cœur à ma patrie d'adoption pour que, moi, l'on m'y ait appelée jamais : l'Autrichienne !
L'EMPEREUR, avec un éclair dans les yeux.
Pesez vos paroles!... Voici la question à laquelle votre destin est suspendu : le S octobre 1789, une foule de sept à huit mille femmes ont quitté la place de Grève, à Paris, marchant contre le château de Versailles, criant qu'elles allaient rapporter les entrailles de la Reine. Oui ou non, meniez-vous le mouvement, à cheval, pistolets à la ceinture et sabre au côté?
THEROIGNE.
Sire, vous constatiez tout à l'heure ce que, dans une saisie à l'improviste, on avait trouvé en ma possession. Mes objets d'usage n'étaient pas des armes : ce sont des livres.