ACTE 1, sri:sR V
L EMPEREUR, «mc liuiêttnee.
Av«'/-vous moiu^ la marche sur Versailles, le T) octobre 1781»?
THÉROIGXE.
A cette cjxHjiie, il y avait déjà deux mois que je ui'étais installée j\ Versailles pour y suivre les séances de l'Assemblée Nationale. Le 5 octobre j'étais là, comme chaque jour, captivée par ce j^^rave spectacle. Depuis que je comprenais mieux les détails du conllit entre les privilégiés et les déshérités, mon amour s'exaltait pour la cause du peuple. A force de me voir dans ce milieu, tout le monde me connaissait. Et la conduite que je tenais, les expressions dans lesquelles je traduisais mes sentiments, tout cela m'attirait, je vous l'assure, de l'estime.
LEMPEREIH.
Quand la horde fut arrivée sur la place d'Armes, vous vous y êtes mêlée?
THÉROIGNE
J'étais allée voir ce qui se passait.
LEMPEREUH.
Vous ayez pris une part dans le concert de toutes ces voix qui hurlaient à la mort!
TllÉROIG.NE.
Sire, elles demandaient du [>ain. Il y avait là des femmes qui n'avaient pas mangé depuis trente heures I
•2r)0 TIIÉROIGNE DE MÉRICOURT
L'EMPEREUR
Vous êtes entrée dans les rangs du régiment de Flandres!... Vous avez harangué les soldats? Que leur avez- vous dit?
THÉROIGNE
Je leur ai dit de ne pas tirer, de ne pas tuer.
L'EMPEREUR
Vous les avez détournés de leur devoir par des provocations impudiques?
THÉROIGNE
Devant la rangée des fusils prêts à faire feu, un rang de femmes, dont j'étais, s'est découvert la poitrine.
L'EMPEREUR
C'est tout?
THÉROIGNE
C'est tout!... Sire, vous pouvez me juger par ce que je vous ai dit, et par les réponses auxquelles, je suis prête, pour tout ce qu'il vous plairait de me demander... Mais je sens combien de préventions vous resteraient ineffaçables, si vous accordiez quelque crédit à ces journaux qu'on a réunis sous votre main : La Feuille du Jour, la Chronique Scandaleuse, les Actes des Apôtres, l'Apocalypse, etc.. Avec quelle humanité on s'y etforce de me rejeter le menton dans la boue!... Depuis deux années, pas de semaines où, là-dedans, n'aient été accumulées contre moi