SCENE VII
Lrs Mêmes, L'n iK.MKsTiyi k. RAYMOND, puis CfatARD.
LE DOMESTIQUK, entntnt pur I9 droite, ieeond plan.
Madame a sonn(5 ?
HAYMOND, enlmnl par le fond, au domestique.
iNon, c'est moi. Voici pour la poste. Vous n'aurez pas besoin de revenir. Fermez le côté du service en vous en allant. Nous fermerons ici, après le départ de ces messieurs.
GÉRARD, entrant par le fond.
Remettez cette lettre au facteur.
(Le domestique sort.)
GISELLE, A Xeile.
Mon cousin, lisez -nous les nouvelles du jour.
NESTE, ayant d^ployt' un journal.
Penh ! dans cette saison, tout est en vacances: les Chambres, les tribunaux, les mariages, les décès...
RAYMOND, li*.inl i>;ir-detiut l'épaule du m.trijui*.
Voilà un titre sensationnel: « Terrible drame domestique. Un mari qui se fait justice. »
28 l'énigme
GISELLE, se mettant à nn travail de broderie.
Lisez-nous cela !
NESTE.
Ces sujets-là me répugnent... Et les détails en peuvent être choquants.
LÉONORE, ayant pris aussi un ouvrage.
Ne redoutez pas de nous choquer.
GÉRARD, grondeur.
Eh bien ! Léonore !...
NESTE.
Je vous obéis donc (Usant.) : « Un sieur T..., garçon de recettes, avait été averti que sa femme le trompait. Le sieur T... essaya d'abord de surprendre les complices en train de se jouer de son honneur. N'y ayant pas réussi, il résolut de se procurer un aveu par des brutalités. La femme T... confessa qu'elle avait écouté un séducteur ; mais elle repoussa l'offre d avoir la vie sauve à condition de le désigner. Alors, le malheureux époux, s'armant d'un couteau de cuisine, se précipita sur son indigne compagne et lui ouvrit la gorge... »
VIVARCE.
La brute !
Et cette bête de femme qui se fait égorger comme une oie !
ACTK I, S<;feNE VII ;•'.»
LÊOXORE.
Vous n'auriez pas voulu qu'elle fît, en son lieu t»t pi ic»', l'oupor le cou de eehii h qui elle s'était iKiiiut'e ?
GISELLE
Non, certes ! Muis (juelie rage a pu la pousser à se (It-noncer elli'-uième ?
r.ÉnARD.
Un reste de loyauté, d'honnêteté.
GISELLE
Des scrupules devant un couteau de cuisine, devant un individu qui vous dit : <- Parle un peu, que je te tue... Parle davantage, que je coure tuer ton amant !... »>
RAYMOND
Ma parole ! je me demande qui, de nos femmes ou de moi, perd le sens des mots 1... Il y a un instant, c'était Léonore qui, pour faire entendre que la personne de l'amant était sacrée, l'appelait « l'être auquel on s'est donnée ». Maintenant, c'est le tour à Giselle de traiter « d'individu » un mari outragé, qui recourt à son droit souverain, et dont le seul tort, selon moi, est de n'avoir pas réussi également à tuer le complice.
GISELLE
Mais ta morale n'est pas seulement abominable, elle est absurde aussi 1 Elle méconnaît
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toute proportion entre les choses. Le monstre de mari qui s'en tient à ce raisonnement : « Tu me trompes, je te tue... » est, par excellence, un monstre d'illogisme. Toi, tu vois là deux termes qui s'opposeraient indiscutablement l'un à l'autre, comme la quinine à la fièvre. Ah çà ! tromper n'égale pas tuer. Tromper, c'est le mal ; tuer, c'est le pire. Tuer quelqu'un, c'est se comporter en ennemi mortel ; tandis qu'une femme peut être la meilleure amie de son mari et le tromper...
GÉRARD
Voilà du propre !
RAYMOND
Qu'est-ce que tu nous chantes-là?
GISELLE, prenant Lêonore à témoin.
Nous en connaissons?
LÉONORE, souriant.
Quelques-unes.
NESTE, à Raymond.
Oui, comment oses-tu soutenir la légitimité de pareils meurtres, à notre époque, après deux mille ans de christianisme, quand il y a la séparation, et, à la rigueur, le divorce, et encore le pardon, et surtout... l'esprit!...
RAYMOND
En religion, le serment de fidélité lie jusqu'à