ACTE II, SCINK Vil
SULEAU
Alil celle-là, no m'en parlez point!... Je m'en veux de m être retenu de l'écraser quand, Tautomne passé, à Vienne, je n'aurais eu, m'a-t-on dit, qu';\ peser du talon!... Depuis son retour, par l'annonce de l'invasion, elle a, dans tous les rassemblements populaires, exalté une sorte de rage patriotique. Les auditeurs semblaient écouter une jtropliétesse. Ils croyaient lui voir, autour du cou, la corde de martyre avec laquelle l'étran- ,i;er laillit la pendre, ainsi qu'une efligie de la Kévolution !
JARJAVES.
Allons! allons!... votre antipathie contre Théroigne vous porte à exagérer l'importance de son ;^iction I
SL'LEAU
Est-ce un rêve de tenir pour importante et agissante une femme que Camille Desmoulins reçut naguère au club, comme dans un temple de la >agesse, en déclarant que c'était la visite de la reine de SabachezSalomon'?... Oubliez-vous que, le 15 avril dernier, tout Paris, dansant et chantant, suivit l'impulsion de Théroigne, à cette iète municipale qu'elle avait imaginée, de concert avec le peintre David, Marie-Joseph Chénier et Collot d'Herbois'.\.. Vous, qui aimez le whist, je vous apporterai les jeux neufs où la popularité lie Théroigne a fait substituer son image à celle de Pallas; et cette nouvelle dame de pique porte, en blason, l'arme triangulaire de la révolte...
272 THÉROIGXE DE MÉRICOURT
Enfin, Théroigne passe pour être actuellement la maîtresse de Ihomme qui pourrait, dans cette minute, apparaître en arbitre de la situation...
JARJAYES
Le maire de Paris!
SULEAU
Oui, M. Pétion, avec qui elle a de fréquentes entrevues.
JARJAYES
La chronique scandaleuse prête à Théroigne tant d'amants que je finis par ne plus croire à aucun !
SULEAU
M. Pétion est sorti, ce soir, après son dîner. Le devoir l'appelait ici. On l'a vu se rendre chez Théroigne.
JARJAYES
Ah!
SULEAU
Le rôle de Théroigne commence à vous paraître moins insignifiant?... Vous n'êtes plus si éloigné, déjà, d'admettre la puissance d'une femelle, et comme celle-là! pour entraîner le farouche troupeau des mâles?... J'ajouterai encore une chose : vous avez appris, comme moi, qu'il existe un directoire de l'insurrection, dont les notes de police ont relevé la trace.
JARJA^-ES.
Oui.
a«:tk II, s<:i:nh viii 273
SULEAU
Ce directoiro s'est réuni, il y a (|iiinze jours, au cabaret du Soleil d'Ur, près de la Bastille; il y a cinq jours, au Cadran Bleu, sur le boulevanl; puis, rue Saint-Honoré, dans une chambre de la maison où habite Hobespierre... Ce directoire maudit, ne pensez-vous pas qu'à cet instant suprême il s'assemble encore, Dieu sait où?
J.MUAVKS.
Probablement!
SULEAU
Pour ma part, dès que je connus l'endroit où s'est transporté ce coquin de Pétion, je me suis dit : « C'est là! »
JARJAYES
Chez Théroigne?
SULEAU
J'en jurerais!... Je le parierais!...
(La Reine revient du balcon, suivie de madame Elisabeth et de toute la figuration.)