‹ Théâtre completChapitre 152 sur 193 · ACTE III, SrfcNE XV · texte numérisé non relu

ACTE III, SrfcNE XV

rt^volutionnaires ! Mais, avec les dispositions prises, les Tuileries sont à l'abri d'un coup de main. La populace sera repouss<5e. poiirchass(^e. Les troupes royales vont revenir à marches forcées sur la capitale. Les contingents des alliés ne sont plus qu'à quelques jours de Paris... Comprendstu quil te faut, en hâte, sauver ta peau 1 Parle un peu, et tu seras môme payée!... Allons, tu n'en es pas à te vendre pour la première fois! Combien veux-tu, drôlesse ! Fais ton prix!

THÉROIGNE

Oh! ce dont je te hais le plus, c'est des instincts féroces que tu éveilles en moi. A ta vue, à tes paroles, j'entends, au fond de mon être, hurler une béte sauvage!... Prends garde de tomber en son pouvoir!

SL'LEAU

Finissons-en! Des gens ont échangé ici des

paroles. Lesquelles? (Allant à Vécritoire où il touche le

bec de u plume.) Cette encre n'est pas sèche ; on vient d'écrire, [iieienunt vers Théroigne.) Remets-moi le document que tu cachais quand je t'ai surprise.

THÉROIGNE

Je n'ai rien caché.

SULEAU

Si ! Là, sur ta poitrine.

THÉROIGNE

Vous VOUS trompez.

SULEAU

Tu m'obliges à porter la main sur toi.

THÉROIGNE

Ah!... Ne me touchez pas!...

SULEAU, usant de violence.

Ne contrefais pas la pudeur outragée !

THÉROIGNE

Au secours !... Du secours !

SULEAU

11 n'en viendra pas !

{Dans la rue, un défilé de combattants passent en chantant.)

(A la cantonade :)

Allons ! enfants de la Patrie !

Le jour de gloire est arrivé.

Contre nous, de la tyrannie L'étendard sanglant est levé...

THÉROIGNE, reprenant espoir.

Un bataillon en marche ! {Elle s'échappe jusqu'à la fenêtre.) A l'aide ! A l'aide !

SULEAU

Avant que tu me fasses écharper, je t'étrangle !

ACTI III, tCÉNI XVI 311

{AlUnt vert U porte de gàuehe appeler ton etcorte.) Ici, leS parties î

THKROIOXE.

A moi, rinsurrcction !... A moi!... (/-« chantt te êoni inferrompni.\ Ah! ils m'entendent!... A moi!.., à moi!...

SCÈM- \I7 Les Mêmes, Les Gabde».

SI'LEAU, ayant rettaiti Théroignt, et aux garde*.

Masquez la fenrtre !

TllhROlGNE. rejeti'e nur an topha, et tenue par Salean.

A moi !

SLXE.\U, aux gardes.

Criez plus fort quelle! Criez : V'ive Théroigne!

LES GARDES, à la fenêtre.

Vive Théroigne !

(Leurs voix couvrent celle de cette dernière. Ils brandittent leurs bonnets.)

THÉROIGNE. défaillante.

Misérables!

L'X GARDE, te retournant.

Les insurgés saluent. Ils repartent.

312 TIIKROIGNE DE MKRICOURT

(A la cantonade :)

A.UX armes! citoyens!

Formez vos bataillons!

Marchons! Marchons!

(Les voix du refrain s'évanouissent dans l'éloignement.) SULEAU, s'étant emparé de l'écrit, et y jetant un coup (l'œil.

Parfait! (il lâche Théroigne, c[ui demeure anéantie. Il va regarder par la fenêtre. Aux gardes.) La rUG 86 Vide. Descendons!... (Arrivé près de la porte de gauche, il se

retourne en ricanant.) Ha,] ha! ha! vive Théroigne !

(Il sort avec les gardes.)

THÉROIGNE, seule, revenant à elle.

Si l'insurrection est vaincue, pourtant... (De la

rue montent des éclats de rire et la voix de Suleau criant ironiquement encore : Vive Théroigne!) Si Cet homme a

bien prévu!... Va-t-il donc rentrer aux Tuileries, tenant dans sa main les plus fortes têtes de la Révolution!... Comment l'empêcher!... Oii le rejoindre!... Oh! lui faire barrer le passage!... lui

reprendre sa proie!... {Elle s'apprête à sortir, et jette un

regard dehors.) L'aurore approche... Comme le ciel est rouge!

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