ACTE V, SCÈNE VI
THÉROIGNE
Il suffit, pour apaiser imniéiliatomont les factions, (jue toi, et quelques-uns de la Montaj;ne, vous fassiez une trcWe avec Brissot et son parti.
DANTON
Jai olîert, si le groupe de la Gironde démissionne, d'aller me liver en otage à la ville de Bordeaux.
THÉROIGNE
Ah!... C'est bien, cela!... Cette solution, qu'estce qui l'ajourne?
D.\NTON.
Robespierre rend ce marché impossible. Lui ne veut pas quitter la place, ni rien céder, ni jamais admettre, si l'on ne pense pas comme lui, qu'on puisse être de bonne foi.
THÉROIGNE
Du moins, ton influence sur la Convention prédomine assez pour que tu puisses la détourner de proscrire les modérés?
DANTON
Peut-être.
THÉROIG.NE.
Un homme de ton intelligence n'en est pas à supposer que les Girondins complotent le retour d'un Bourbon? Tu es bien convaincu de leur parfaite intégrité?... Les imputations odieuses ou
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stupides dont on les accable, tu sais bien, toi, Danton, qu'elles ne sont pas vraies?...
DANTON
Je sais qu'ils articulent contre moi des accusations aussi laides, aussi bêtes. Ils insinuent que, moi, je conspire pour Orléans!... Lors des massacres dans les prisons, après le 10 août, leur Roland et leur Pétion étaient autant que moi au pouvoir, quand on oscillait sous un pareil fardeau. Pourquoi n'ont-ils pas ordonné qu'on résistât aux égorgeurs, s'ils nous connaissaient des forces par qui se faire écouter dans l'ouragan?... C'est à moi seul qu'ils reprochent l'hécatombe, trouvant plus propice de m'éclabousser le front que de se frapper la poitrine!... Leur probité? J'en ferai mon refrain, quand ils cesseront de prétendre que j'ai dilapidé les cent mille écus de ma mission en Belgique !
THÉROIGNE
Tu ne vaux pas mieux que moi ! Les impulsions de la haine te gouvernent, comme je leur ai obéi l Tu ouvres l'oreille à tes ressentiments personnels, et tu fermes les yeux sur les intérêts supérieurs de l'humanité.
DANTON
Parbleu ! je ne suis pas Apollon, juché aU' dessus de la terre, dans le char du soleil! Comme tout homme, je pousse ma charrue dans sa voie;
ACTB V, ftCli.M VII S6I
et mvs contom|>or(uns, côte à côte pressés, les coudes uu corps, balafrent parull»''lempnt. roininu ils pouvont, lu plaine du monde!... Suivant nos muscles, nous pesons plus ou moins rudement sur le ROC. Cliaeuu s»>me la praine inconnue que. de naissance, il upporla dans la main. Derrière lui, la récolte possible et douteuse lève ou périt. Ouimporte!... Uautres laboureurs nous arrivent dt^jà dans le même sillon, suivis d'autres, par les vallées et les monts, jusqu'à la consommation
des siècles!... Apercevant un nouveau venu./ AUonS !
adieu!... Je te renvoie à Sieyès.
/{ g»gne l'Attemhlée.
SCÈXE VII THÉRDIGNt:, SIHYÈS.
SlEYtS.
Quelle manière de vociférer les noms! indiqu»nt i)»monqai di%pàr»u.i Pourquoi me désigne-t-il?
THÉHOIÛNK
t^e^t qu'en eflet, Sieyès, il ne reste peut-être tiuetoi d'assez grand pour ôtre l'arbitre entre les deux esprits qui divisent l'Assemblée. De tradition, de sentiment et de pensée, tu es avec les Girondins... Sauve-les!...
SIETt»
Lo- *Ruver*. . . Mais ils ne sont perdu*; que s ils y
consentent. Jusqu'à présent ils disposent d'une grosse majorité dans la Convention. On compte tout au plus cent Montagnards résolus sur sept cent cinquante députés... Que le parti de la Gironde propose des mesures, on les votera ! (D'une voix qui monte.) Quc, sans désemparer de la tribune, un de ses membres soit toujours en train de répondre ou d'attaquer! Que rien ne les intimide!... Ce n'est pas une affaire que de montrer quelque courage civique !
THÉROIGNE
Ah ! tu n'as pas perdu ta vigueur incisive de l'an 89!... Tu vas demander la parole?... Tu vas parler pour les Girondins !....
SIEYÈS, s'effarant.
Moi?
Oui, toi!... Tu commences bien à percevoir que l'espérance et le souffle défaillent dans leur gorge, depuis tant de jours qu'ils luttent pour tes idées. Monte aujourd'hui à leur secours, avec tes arguments neufs, ta réputation intacte, ta logique irrésistible...
SIEYÈS
Moi?... Non!...
THÉROIGNE
Comment cela?... Tu recules?...
SIEYES. d'une voix faible, et avec un ton d'amiaal reproche.
Entends ma voix. Je n'ai pas les poumons qu'il
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faut pour imposer un discours dans latmosphi^re lit' celU' asseuililée là ! Je conseille les (jirondins en secret. Je les sers donc d'autant mieux que personne ne peut dire ni savoir si je les approuve. (Inspectant les alentours, où des groupes ont re-
itaru.i On nous remarque. Ce n'est pas bon. Je te
quitte...
THbllOIGNE, le reÇArdant s'en allrr vers la Convention.
Tel est donc Sieyèsl... Il vient de rendre réelle à mes yeux la délinition qu'a donnée de lui Ixobespierre : « Jamais celui-là ne parait, mais il ne cesse d'agir dans le souterrain des assemblées. 11 sape, il crée des monticules, il fait buter l'un contre l'autre, et se réserve, à l'écart, de profiter. C'est la taupe de la Révolution ! »
^Sieyès s'en est allé. Théroigne s'achemine lentement, h sa suite, vers l'Assemblée. '