LA BRANCHU, BRIGITTE
BRIGITTE
La place est maintenant nette pour le beau monde que promène Monsieur le Directeur de l'Hospice Impérial. Il ne traîne plus rien, madame Branchu, ni une feuille, ni un chiffon.
LA bRAN'ClIt'.
N'aurais-tu pas aussi toute une bibliothèque à enlever, si tu avais retourné la paillasse de la recluse? Allons, Brigitte! ne fais pas l'ignorante!
(Tirant quelques bouquins de la poche de son tablier.) Voilà
toute la paperasserie que j'ai dénichée : des imprimés de la fin du siècle dernier, qui racontent les circonstances dans lesquelles ont péri les différents chefs de la Révolution !
BRIGITTE
Je vais vous dire, madame Branchu : il y avait des moments oii cette malade s'acharnait à m'interroger. D'abord, faute de savoir, je lui répondais n'importe quoi. Mais ça ne faisait pas son compte. Aussitôt, elle me persécutait de nouvelles questions; elle me mettait en contradiction avec moimême; elle s'exaspérait... Alors, en vue de la satisfaire, de la calmer...
LA BRANCHU
Joli moyen!... Il en résulte qu'à présent, de jour et de nuit, elle s'éveille en criant les noms de ceux-là dont j'ai vu tomber les têtes. Elle les interpelle et, censément, leur réplique, avec toutes sortes de simagrées!
BRIGITTE
Chaque fois que vous voudrez la faire redevenir tranquille, vous n'aurez qu'à vous montrer.
LA BRANCHU
Gomment cela?
BRIGITTE
Je n'oublierai jamais son allure en vous aper-