‹ Théâtre completChapitre 43 sur 193 · MARIE-JEANNE, DIDIER · texte numérisé non relu

MARIE-JEANNE, DIDIER

MARIE-JEAX.XE

Quelle tasse désirez- vous ?

DIDIER, en prenant une.

Voilà qui m'est égal !

MARIE JEAXXE.

Grand'mère a eu l'air de se moquer de nous. Est-ce que vous lui auriez donné l'éveil ?

DIDIER

Non. Je me suis contenu vis-à-vis d'elle, comme sur votre ordre, je n'ai cessé de me contenir aussi vis-à-vis de mon père. Mais je suis en ébullition !... Depuis que vous m'avez laissé vous confier mon projet de vous demander en mariage, vous-même avez fixe la date à laquelle vous consulteriez votre mère. Cette date était celle où vous entreriez dans votre dix-huitième année. Marie-Jeanne, nous y sommes aujourd'hui! Pour me comprimer je n'ai plus le sentiment de

ACITK I, t>«.i.M. III 87

rt?ch(^an('e à venir. Je ne vois plus cilte borne que vous aviez drcssjf'e contre mon impalience, ainsi qu'une sorte de fétiche !

MAIIIE-JEAXNK.

Mon cher Didier, si, apr^s notre conversation, j'en ai quelque temps {^ardé entre nous le secret, c'est que je n'ai pas voulu émouvoir mère, à mon sujet, avec une promptitude qu'elle aurait pu déclarer irréfléchie. Je serai désormais en droit de lui répondre, sincèrement, que j ai consulté tout ce que j'ai de raison, et tout mon cœur.

i)U)iKn.

Oh ! vous ne m'aviez encore permis qu'un peu d'espoir ! Avez-vous Lien pesé le sens déiinitif, l'engagement formel qu'il y a dans les paroles que vous venez de prononcer ?

MAIUE-JEANNE.

J'obéis, en eOet, à un peu de superstition, en me pronon(;ant plus tôt que je ne devrais, et en voulant faire commencer notre union dés main- U'uaut, pour ainsi dire... Oui, cet anniversaire de ma naissance que, d'aussi loin qu'il m'en souvienne, l'on me fête avec des cadeaux, des Heurs, duiis un cercle d'amitiés, oui, ce jour, je me suis accoutumée à le regarder venir, chaque année, c<»u>me mon jour favorable. Voilà pourquoi je l'avais choisi entre tous pour m'y faire accorder à vous, et c'est aussi pourquoi je n'y ai pas résisté à l'élan de me promettre.

DIDIER

Vous me rendez fou de joie ! Je voudrais tomber à genoux, crier mon bonheur !

MARIE- JE ANNE

Chut!... Ce soir, dès que nos invités seront partis, je parlerai à more de façon à la convaincre.

DIDIER

Moi, je pars tout de suite.

MARIE -JEANNE

Qui vous presse?

DIDIER

Ah ! je ne saurais plus, à cette heure, faire la conversation de personne. J'aurais plutôt envie de bousculer l'importun qui peut survenir... Je vous emporte en moi. Je serai plus avec vous, mieux avec vous, tout seul, dehors, à marcher au hasard, dans Fivresse de Tespérance... et des appréhensions !

MARIE-JEANNE

Ne craignez rien. Mère vous aime bien. Et moi, je vous aime.

DIDIER

Marie-Jeanne, jurez-moi qu'avant deux mois nous serons mariés !

ACTK I, SCC«K IV KO

Oui I... oui î...

DIDIER

A l.iontAt!

M A RIE- JEANNE A (JèUiain ! ( DUtier lui baise la main el sort par la droite.,

set: m: iv

MARIE-JEANNE, LÉÙNIE, enlunt par le fond. Cette dernière est en corsage montant et en jupe demi-courte.

LÉONIE

Je te cliorclluis pour causer un peu avec toi, avant de m'en aller.

MARIE-JEANNE

Comment? Léonie, lu t'en irais déjà?

LÉONIi:.

Tu sais combien maman est toujours pressée d'arriver au bal! Si ce n'était que moi, je n'aurais jiuère le goût du monde... dans des toilettes comme celle-ci 1... C'est pourtant à force de danser des cotillons que me voici en passe de me marier, peut-être. Mais quelle humiliation qu'il me faille expliquer ù chaque valseur que j'aurai

bientôt dix-neuf ans! (indiquant son corsage fermé.)

Ça ne se voit pas !

00 LA COrUSE UU KLAMBEAU

MARIE-JEANi\E.

Tu devrais déclarer que puisqu'il en est ainsi, tu préfères rester chez toi.

LÉONIE

Papa m'en empêche. Il défend à maman de sortir, le soir, sans moi !

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