MARIE-JEANNE, DIDIER
MARIE-JEAX.XE
Quelle tasse désirez- vous ?
DIDIER, en prenant une.
Voilà qui m'est égal !
MARIE JEAXXE.
Grand'mère a eu l'air de se moquer de nous. Est-ce que vous lui auriez donné l'éveil ?
DIDIER
Non. Je me suis contenu vis-à-vis d'elle, comme sur votre ordre, je n'ai cessé de me contenir aussi vis-à-vis de mon père. Mais je suis en ébullition !... Depuis que vous m'avez laissé vous confier mon projet de vous demander en mariage, vous-même avez fixe la date à laquelle vous consulteriez votre mère. Cette date était celle où vous entreriez dans votre dix-huitième année. Marie-Jeanne, nous y sommes aujourd'hui! Pour me comprimer je n'ai plus le sentiment de
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rt?ch(^an('e à venir. Je ne vois plus cilte borne que vous aviez drcssjf'e contre mon impalience, ainsi qu'une sorte de fétiche !
MAIIIE-JEAXNK.
Mon cher Didier, si, apr^s notre conversation, j'en ai quelque temps {^ardé entre nous le secret, c'est que je n'ai pas voulu émouvoir mère, à mon sujet, avec une promptitude qu'elle aurait pu déclarer irréfléchie. Je serai désormais en droit de lui répondre, sincèrement, que j ai consulté tout ce que j'ai de raison, et tout mon cœur.
i)U)iKn.
Oh ! vous ne m'aviez encore permis qu'un peu d'espoir ! Avez-vous Lien pesé le sens déiinitif, l'engagement formel qu'il y a dans les paroles que vous venez de prononcer ?
MAIUE-JEANNE.
J'obéis, en eOet, à un peu de superstition, en me pronon(;ant plus tôt que je ne devrais, et en voulant faire commencer notre union dés main- U'uaut, pour ainsi dire... Oui, cet anniversaire de ma naissance que, d'aussi loin qu'il m'en souvienne, l'on me fête avec des cadeaux, des Heurs, duiis un cercle d'amitiés, oui, ce jour, je me suis accoutumée à le regarder venir, chaque année, c<»u>me mon jour favorable. Voilà pourquoi je l'avais choisi entre tous pour m'y faire accorder à vous, et c'est aussi pourquoi je n'y ai pas résisté à l'élan de me promettre.
DIDIER
Vous me rendez fou de joie ! Je voudrais tomber à genoux, crier mon bonheur !
MARIE- JE ANNE
Chut!... Ce soir, dès que nos invités seront partis, je parlerai à more de façon à la convaincre.
DIDIER
Moi, je pars tout de suite.
MARIE -JEANNE
Qui vous presse?
DIDIER
Ah ! je ne saurais plus, à cette heure, faire la conversation de personne. J'aurais plutôt envie de bousculer l'importun qui peut survenir... Je vous emporte en moi. Je serai plus avec vous, mieux avec vous, tout seul, dehors, à marcher au hasard, dans Fivresse de Tespérance... et des appréhensions !
MARIE-JEANNE
Ne craignez rien. Mère vous aime bien. Et moi, je vous aime.
DIDIER
Marie-Jeanne, jurez-moi qu'avant deux mois nous serons mariés !
ACTK I, SCC«K IV KO
Oui I... oui î...
DIDIER
A l.iontAt!
M A RIE- JEANNE A (JèUiain ! ( DUtier lui baise la main el sort par la droite.,
set: m: iv
MARIE-JEANNE, LÉÙNIE, enlunt par le fond. Cette dernière est en corsage montant et en jupe demi-courte.
LÉONIE
Je te cliorclluis pour causer un peu avec toi, avant de m'en aller.
MARIE-JEANNE
Comment? Léonie, lu t'en irais déjà?
LÉONIi:.
Tu sais combien maman est toujours pressée d'arriver au bal! Si ce n'était que moi, je n'aurais jiuère le goût du monde... dans des toilettes comme celle-ci 1... C'est pourtant à force de danser des cotillons que me voici en passe de me marier, peut-être. Mais quelle humiliation qu'il me faille expliquer ù chaque valseur que j'aurai
bientôt dix-neuf ans! (indiquant son corsage fermé.)
Ça ne se voit pas !
00 LA COrUSE UU KLAMBEAU
MARIE-JEANi\E.
Tu devrais déclarer que puisqu'il en est ainsi, tu préfères rester chez toi.
LÉONIE
Papa m'en empêche. Il défend à maman de sortir, le soir, sans moi !