‹ Théâtre completChapitre 55 sur 193 · ACTE I, SC^NE XV · texte numérisé non relu

ACTE I, SC^NE XV

parents m'avaient envoyé faire mes études eu France, et où les vôtres étaient mes cc^rrespouilauts. Cela vous servait à ra'objecter qu'étant un si bon ami d'autrefois, je risquais de me méprendre aujourd'hui en croyant vous aimer (l'amour. La dernière fois que je vous ai inlerrog:ée, vous vous êtes défendue contre mes déclarations brûlantes, en m'invitant encore à rélléchir, sans rien me promettre. Tout sot que je sois, j'ai su comprendre, à la longue, que vous mettiez un soin aimable à m'évincer.

SABINE

Vous avez compris cela !... Avouez, en tout

us, que vous me détestez à présent!... Si

vous n'obéissiez à de la haine, vous n'auriez

pas décidé, sans m'en informer, ce départ si

brutal :

STAXGY.

J'ai cédé à un sentiment lâche... Songez que j'avais cru m'absenter de chez moi pour un mois ou deux. It' temps de refaire un peu connaissance avec Faris ! Vous ayant retrouvée veuve, libre, pleine de séductions, je vous ai tout de suite désirée, et j'ai tout de suite espéré devenir votre mari. Voici près d'un an que je vous sollicite, et que vous me faites souffrir. .

SABINE

Mon cher Stangy !

LA COlliSE DJ' Kl AMHEAU

STAXGY.

Chaque fois que j'ai menacé de me réfugier dans mon pays, il vous a suffi, pour me désarmer, d'un sourire, d'un défi. Je m'en retournais soumis. J'étais stupide. Je me suis alors avisé que je ne tiendrais jamais la résolution de m'affranchir, si je vous la notifiais à l'avance. En ce moment de tristesse profonde, je me sens pourtant fort, non pas seulement de l'idée qu'avant une demi-heure je serai parti, mais encore parce que j'ai contracté l'obligation de partir...

SABINE

Gomment cela?

STANGY.

Lorsque je vous suppliais, naguère, de lier votre vie à la mienne, je vous annonçais Fintention de vendre mes terres, afin de m'installer librement ici où vous tiennent vos devoirs, vos affections, vos habitudes...

SABINE

Oui... Eh bien?

STANGY.

Désormais, au contraire, réduit à chercher l'oubli dans une activité absorbante, dans un travail fiévreux, j'ai pris le moyen de tripler l'étendue de mon exploitation. Un vaste domaine, contigu au mien, est en adjudication à la Nouvelle-Orléans. Il passe pour invendable, tant sa

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mise en valeur réclame de peines et de frais. J'ai pensé qu'une cliarj^e aussi lourde, dont je ne me déferais pas sans désastre, m'interdirait toute velléité de retour. J'ai négocié lâchai et donné .nandat que l'on traite pour moi, avant l'Iieure des enchères, demain matin.

SABINE

Je vous écoutais jusque-là, supposant qu'il s'ajj^issait d'une absence plus ou moins longue que vous alliez faire. Je m'y serais résignée, parce que l'avenir, du moins, me semblait sauvegardé.

STANGY.

Quel avenir?

SABINE

Ne me posez pas de questions. Cessez de faire le mauvais. Voyez: je vous souris. Vous avez prétendu que je disposais ainsi d'un argument irrésistible,.. Vous allez vous rendre au télégraphe. Il y a, quelque part, un bureau ouvert toute la nuit. Vous expédierez un contre-ordre, (lui vous dégagera encore à temps.

STANdV.

A celle heure-ci, c'est vrai, j'aurais peut-être encore le temps, bien juste... Mais je n'en profiterai pas. Je veux me délivrer de votre vue qui me supjdicie, de votre voisinage qui fascine ma volonté, qui m'attire sans cesse et ne me mène à rien. Non ! vous ne me dompterez plus !

SABINE

Ah ! VOUS me contraignez à m'expliqiier, à me démasquer, avant l'événement que j'avais envisagé!... Ai-je donc eu réellement tant d'hypocrisie ou, plutôt, avez-vous été assez aveugle pour qu'il vous soit échappé que mes sentiments répondent aux vôtres?

STAXGY.

Quoi? Je ne vous suis pas indifférent? Vous m'aimez ! Vous avez dit que vous m'aimiez? C'est bien cela que vous avez dit ?

SABINE

Oui.

STANGY.

Que m'apprenez-vous là? Que m'exprimezvous ?... si tard I...

SABINE

Je vous le confesse, j'ai cherché, en effet, à obtenir de vous, malgré vous, du délai... N'allez pas, à présent, me reprocher trop d'astuce, ni me mépriser !...

STANGY.

Ah! ma chère!... ma chérie!.. Parlez en toute confiance !

SABINE

Vous savez, c'est souvent dans la nature

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