‹ Théâtre completChapitre 56 sur 193 · ACTE I, SCKNE XV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCKNE XV

(1rs IViiunes do no devenir tout à fail franches <liio (|uand elles ne peuvent plus l'aire autrement.

STANGY.

Mais quel prétexte aviez-vous de dissimuler? Ktait-ce une épreuve? Ne vous jugiez-vous pas assez sûre de moi ?

sabinl:.

Ne vous égarez point. Les considérations que j'ai suivies ne regardaient que ma lille; mais, par cela mC'me, elles m'étaient sacrées.

STANGY.

Je ne saisis pas.

SABINE

Oh! Stangy, voyons!... Ma fille pour qui je suis encore tout au monde ! Sa jeune à me, en train de se former aux grandes sensibilités ! X"ai-je pas dû me défendre contre la tentation d'installer, tout à coup, un rival en face d'elle? Gomment lui infliger l'évidence que mon cœur serait dorénavant partagé?... Je n'ai aperçu d'autre ressource que de me dérober vis-à-vis de vous. J'évitais les réponses qui pouvaient attiser votre impatience. J 'affectais la légèreté, la froideur même. Les jours s'écoulaient, formant des mois, bientôt une année. Je rêvais d'atteindre ainsi, sans révolte de votre part, jusqu'au mariage de Marie-Jeanne. Je faisais comme les vieillards

qui ne devinent pas que leur fin est proche. Je m'étais habituée à ne pas prévoir, moi, la mort de mon rêve: je vivais!... Hélas! combien des soleils derniers de ma jeunesse ai-je ainsi laissés, un à un, s'éteindre!... Vous me trouvez sans doute bien peu coquette à votre égard, et bien égoïste, de n'avoir point tout d'abord compté avec l'âge qui, chaque jour, me dispute une parcelle de mes modestes agréments.

STAXGY.

Ne craignez rien : vous justifiez toujours autant mon admiration pour vous. Quant à votre fille, je m'efforcerai d'être, pour elle, un beau-père dont elle n'ait qu'à se louer.

Oh ! elle, je n'aurais eu qu'à la consulter, j'en suis sûre, pour en rapporter sa plus affectueuse soumission au projet de m'unir à vous. Mais c'eût été abuser de sa candeur. La tâche des mères est de protéger contre tout réveil cruel l'esprit imprévoyant, l'innocence de leurs enfants. Je me représentais les petits bonheurs dont je sévrerais Marie- Jeanne, si je rompais son étroite intimité avec moi : Ses épanchements du soir et du matin dans le négligé de nos chambres!... Ses bras purs que, de temps immémorial, elle connaît pour les seuls maîtres de m 'embrasser!... Pouvais-je être, moi, la première, à blesser les plus délicates pudeurs de ma fille, quand je me heurterais au timide détournement

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