SCENE II
MARIE-JEANNE, DIDIER. Didier entre, soucieux, par la parle de l'allée.
DIDIER
Mon père n'est pas venu?
Non. J'ignorais que nous le verrions aujourd'hui. Comme tu as mauvaise mine! Pourquoi as-tu l'air si fatigué? D'oii arrives-tu?
DIDIER
J'avais affaire chez des banquiers. J'ai dû courir aux quatre coins de Paris.
MARIE- JE ANNE
C'était bien la peine que nous déménagions pour te mettre à proximité de tes affaires, si tu recommences à passer ta vie sur la grande route. Depuis une quinzaine, tu te transportes à Paris chaque jour, quand ce n'est pas deux fois par jour.
DIDIER
Ça n'est pas pour mon plaisir.
MARIE- JE ANNE
C'est peut-être par excès de zèle?... Oui, je t'agace, je le sais, quand je te prêche un peu de
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iiKuli'^ratlon... Pourquoi te surmener ainsi? Ne m'as-lu pas dit, l'année dernitre, que nous (^-tions lU'jà presque riihes?
DiDiiin.
Ouand on est dans les aiïaires, on ne peut jamais dire ce qu'on possédera encore le lendemain.
MARIE-JEANNE
Ail! avec un homme tel que toi, je me sens bien tranquille! Je n'ai qu'une appréhension, c'est que tu abuses de tes forces, et que tu tombes malade. Je t'aime tant! Tout à l'heure, liguretoi, j'enviais Léonie d'être mère. Et cependant, lorsque je sors de mes envies les plus folles d'avoir un petit être qui serait de toi, que de fois je tremble, s'il venait, d'être alors exposée à l'aimer plus que je ne t'aime ! Quand je t'embrasse comme ceci, je sens au fond de moi s'épanouir toute une maternité satisfaite. Je te sens T'tre, à la fois, mon mari et mon enfant.
DIDIEH.
Marie-Jeanne, tu m'aimeras toujours ain^i, n'est-ce pas?... même si l'avenir t'enlevait des illusions sur ma valeur ou mes capacités!... Ah ! je voudrais pouvoir combler tous tes vœux, faire de toi la plus heureuse des femmes!
MARIE JE.VNNi:.
Aucun bonheur ne vaudra le mien, si tu ne
m'apportes plus de visage assombri ni lassé... Mon Dieu! je suis moins sérieuse que toi, c'est évident, je forme des projets plus futiles... Ce que je voudrais, d'abord, ce serait que tu eusses bien ménagé ta jeunesse pour l'heure où nous entreprendrons ces beaux voyages, que tu m'as promis, tu te rappelles? en yacht!... Ah! parcourir le monde à ton côté, sous des ciels nouveaux, cela, c'est mon rêve, ne me le retire pas ! . . .
DIDIER
Oui, rêve!... C'est le meilleur temps que l'on puisse prendre à la vie.
MARIE- JE ANNE
Il faudrait, pour bien faire, que d'ici une douzaine d'années, mettons quinze ans, tu te retirasses avec fortune acquise... Après que tu auras été décoré.
DIDIER
Ah ! voilà une bêtise à laquelle je suis loin de songer.
MARIE-JEANNE
Elle fait son petit effet sur presque tout le monde. Il n'y a guère de regard qui n'en soit taquiné. Quand passent dans la rue les gens à ruban rouge, je ne me retiens jamais de chercher à reconnaître, du coin de l'œil, si c'est le vrai. Lorsque deux hommes causent dans un salon, je vois toujours celui qui est décoré fixer l'autre dans les yeux, et celui qui ne l'est pas fixer