ACTE II, S(.|;NE III J
>.>ii iiilcrloriitiMir i\ liaiitcur Ao la l)oul(.nni,Nrc. l-^ntiii, (jimiul nous in.ns au lliéàtre, au |{ois, sur 1rs plaffps, dans les villes d'eaux, cela m amusera d'ima^Mnor que nous faisons dire aux l»adauds : « Elle n'est pas trop mal cette pelilo lomme, qu'on voit, toujours, avec son mari, qui est décort^.. » Ah! me montr.-r avec toi! Etre sans cesse avec toi .* C'est le but de ma vie et de tous mes instants! Tu vois, je me doute bien qne je te retarde ici, que je t'impatiente; et je ne me décide j)as à m'en aller. Renvoie-moi...
niDiKR.
Oui!... J'ai horriblement à faire! x\ous reparlerons... plus tard.
MARIIi-JE.VNXE.
\ tantôt. {Elle sort.)
SCEXE I/f
niDIEH, MAH.WON, entrant par le fond.
DIDIEH.
Mon père !
MARAVON.
J ai tait ta commission, de mon mieux.
DIDIER
Tu as bien démontré à ma belle-mère que, réellement, il n'y avait pas de ma faute.
MARAVON.
J'étais allé là pour te rendre témoignage et parler en ta faveur, comme il ne t'appartenait pas de le faire toi-même... J'ai tout expliqué : les concurrences qui se sont multipliées autour de toi, la mauvaise foi d'un bailleur de fonds qui se dérobe, et avec lequel il faudrait courir les chances obscures et interminables d'un procès ; cette faillite enfin de ton plus gros client, impossible à prévoir, et qui va te frustrer dans quelques jours d'une énorme rentrée. J'ai dit nos tentatives infructueuses auprès des hommes d'argent : les uns préférant te laisser faire la culbute pour te dévaliser ensuite à leur aise, les autres demandant une garantie de ta famille. Je n'ai pas eu besoin d'ajouter que cette garantie, ce n'était pas moi qui pouvais la donner, puisque, en dehors de ma pension de retraite, le peu que je possédais sombre avec toi.
La grand'mère assistait à la séance ?
Oui.
Qu'a-t-elle dit ?
.AIARAYON.
DIDIER
5IARAV0N.
Lorsque j'ai indiqué la somme qu'il te fallait, lorsque j'ai prononcé le chiffre de trois cent mille francs, madame Fontenais s'est bornée à
ACIU II, bCtNU III 135
tli'V(Miir iMuore plus paie. Tu sais qu'elle nu pus \c cd'ur en bon l'iat... Tu m'uvais char^<" d'exposer la crise où tu es, mais non de solliciter le secours. Au surplus, lu seras bientôt fixé sur les intentions de la mère et île la lille : elles vont venir te trouver.
DIDIKH.
Aujourd'hui?... Ici!... El Marie-Jeanne qui n'a encore aucun soupçon 1
MAItAVOX.
(ionunent cela .'J'ai donné à ces dames l'assurance que lu avertissais tii femme pendant que je venais près d'elles...
Dll'Il.li.
Le courage m'a manqué tout à l'heure. Devant le babil de cette chère innocente, devant son jeu de chilteau.x on Espagne, j'ai reculé l'instant de mon aveu... D'ailleurs, le malheur peut être conjuré sans que j'aie bourrelé la cervelle de Marie-Jeanne.
M.\RAVO.N
Tu ne peu.x pas dissimuler à ta lemme que tu demandes une si forte avance sur un futur patrimoine, qui est le sien.
DIDIEn.
C'est juste. Je perds les notions de conduite les plus élémentaires.
MARAVON.
Il n'est pas interdit toutefois que ce soit moi qui, auprès de Marie- Jeanne, devienne encore le porteur de mauvaises nouvelles.
DIDIER
Tu m as rappelé que j'ai, à son égard, un devoir d'amour et d'humilité qui ne s'esquive pas.
MARAVON.
A vous deux, toi, dans l'état aigu où tu es, elle, avec ses élans passionnés, vous exaltant l'un l'autre dans l'émulation de vos sentiments d'époux, vous vous feriez plus de mal que n'en fera mon langage paternel et mesuré.
Soit ! J'accepte. Je te la confie.
MARAVON.
Est-ce que je la trouverai dans sa chambre?
DIDIER. ■ Elle s'est arrêtée au salon. (La voix de Marie- Jeanne
résonne dans la coulisse.) Tu l'entends : elle chante.
(Maravon sort par la porte des appartements.)