SCÈNE V NESTE, VIVARGE
NESTE.
Les chères mignonnes!... Je ne leur veux que du bien. En épousant mes jeunes cousins, elles m'ont recréé une famille. Puisque la femme dont je suis veuf ne m'a point donné d'enfant, ma race ne va survivre qu'en ligne collatérale, par Raymond et Gérard. D'ailleurs, ils sont dignes de mon estime et de mon héritage. Je les crois eux-mêmes bien intentionnés envers moi ; et je me flatte qu'ils n'aient point trop hâte de me voir mourir...
VIVARCE.
Certes !... Quelle idée !...
NESTE.
Oh ! pourtant, si tout à l'heure ils me retrouvaient frappé d'apoplexie dans ce fauteuil, je préfère ne point me dépeindre la figure qu'ils feraient... Non, je vous assure, pour des chasseurs aussi déterminés, il y aurait tout de même une sensation de victoire à étendre, sur le carreau, le gros gibier que je suis.
VIVARCE.
Vous calomniez leurs cœurs 1
ACTB I, «CÈNE V VJ
NESTE
Vous /^t»'s lour ami depuis \v t»»llt^j;(* ; vous Aten à présent devenu leur inst^parable : ce serait votre rAle (le les défendre si je les atl^iquais. Mais je plaisantais : et je n'ai en vue ijne de vous édifier, d'ajjord, sur une notable dillérence entre mon tempérament et le leur.
VIVAHCE.
Je m'en suis bien aperçu tout seul.
NESTE.
N'est-ce pas ? On ne croirait point que nous sortions d'une même souche, ni physiquement, ni moralement... Vous souriez?
VIVAHCE.
Non pas !
NESTE.
Si!... Vous avez lu quelque part que la plus aimable de mes ^'^and'm^^es, issue de l'auteur commun entre les Nesto et les Gour^iran, fréquenta jusqu'à l'excès Crébillon le iils et Rousseau, d'Alembert et le jeune chevalier de Parny. Et vous pensez que, parla, mon sang s'additionna de pliilosophie naturelle et de libertine indulgence? Feu importe !... Ce qui est certain, c'est quici je ne me plais que dans le frou-frou de femmes dont mes jolies cousines entourent ma vieillesse. J'aime à considérer leurs gestes harmonieux, leurs corsages précis, leurs robes éva-
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sives, ce qu'elles ont d'idéal par les yeux, et de félin, avec leurs blanches dents, Ipufs brillantes crinières où, sans doute, on s'électrise les doigts. Le spectacle de ces deux créatures me fait retrouver mes souvenirs les plus aigus de ce que m'a révélé leur sexe ordinairement incompris,
toujours énigmatique... {D'un ton subitement grave.)
Enfin j'en voulais venir à ceci : c'est que je m'émeus, je m'inquiète, je m'exaspère à les voir si semblables de sagesse apparente, quand je me répète que l'une d'elles, dans sa vie d'aujourd'hui, d'hier, de demain, cache la plus ténébreuse intrigue...
VIVARCE.
Ah bah !... vous m'étonnez!
NESTE, avec autorité.
Non !... J'aurais gardé cette observation pour moi, si j'avais risqué devons apprendre quelque chose.
VIVARCE.
Que prétendez- vous dire?
NESTE.
Que le héros de l'aventure oîi l'une de ces folles est engagée, c'est vous.
VIVARCE.
Moi !... En vérité, je me demande dans quel esprit vous vous livrez à cette plaisanterie?... et comment je dois la prendre?