‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 100 sur 566 · HERMIONE , ORESTE , CLÉONE · texte numérisé non relu

HERMIONE , ORESTE , CLÉONE

HERMIONE

Le croirai-je , seigneur, qpi'im reste de tendresse Vous fasse ici chercher une triste princesse.? Ou ne dois-je imputer qu'à votre seul devoir L'heureux empressement qui vous porte à me voir?

ORESTE

Tel est de mon amour l'aveuglement funeste ,

Vous le savez , madame ; et le destin d'Oreste

Est de venir sans cesse adorer vos attraits ,

Et de jurer toujours qu'il n'y viendra jamais.

Je sais que vos regards vont rouvrir mes blessures ,

Que tous mes pas vers vous sont autant de parjures ;

Je le sais , j'en rougis. Mais j'atteste les dieux ,

Témoins de la fureur de mes derniers adieux ,

Que j'ai couru partout où ma perte certaine

Dégageait mes serments et finissait ma peine.

J'ai mendié la mort chez des peuples cruels

Qui n'apaisaient leurs dieux que du sang des mortels :

Ils m'ont fermé leur temple; et ces peuples barbares

De mon sang prodigué sont devenus avares.

Enfin je viens à vous , et je me vois réduit

A chercher dans vos yeux une mort qui me fuit.

Mon désespoir n'attend que leur indifférence :

Ils n'ont qu'à m'interdire un reste d'espérance ;

Ils n'ont , pour avapcer cette mort où je cours ,

Qu'à me dire une fois ce qu'Ûs m'ont dit toujours.

Page 1