‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 101 sur 566 · ACTE n, SCÈNE H · texte numérisé non relu

ACTE n, SCÈNE H

VoUà, depuis un an, le seul soin qxii m'anime. Madame, c'est à vous de prendre une rictime Que les Scythes auraient dérobée à vos coups, Si j'en avais trouvé d'aussi cruels que vous.

HERMIONE

Quittez, seigneur, quittez ce funeste langage -. A des soins plus pressants la Grèce vous engage. Que parlez-yous du Scythe et de mes cruautés? Songez à tous ces rois que vous représentez. Faut-il que d'un transport leur vengeance dépende ? Est-ce le sang d'Oreste enfin qu'on vous demande ? Dégagez-vous des soins dont vous êtes chargé.

ORESTE

Les refus de Pyrrhus m'ont assez dégagé, Madame ; il me renvoie; et quelque autre puissance Lui fait du fils d'Hector embrasser la défense.

HERMIONE

L'infidèle!

Ainsi donc, tout prêt à le quitter.

Sur mon propre destin je viens vous consulter. Déjà même je crois entendre la réponse Qu'en secret contre moi votre haine prononce.

HERMIONE

Hé quoi ! toujours injuste en vos tristes discours, De mon inimitié vous plaindrez- vous toujours? Quelle est cette rigueur tant de fois alléguée ? J'ai passé dans l'Epire, où j'étads reléguée : Mon père l'ordonnait; mais qui sait si depuis Je n'ai point en secret partagé vos ennuis ? Pensez-vous avoir seul éprouvé des alarmes ; Que l'Epire jamais n'ait vu couler mes larmes ? Enfin, qui vous a dit que, malgré mon devoir. Je n'ai pas quelquefois souhaité de vous voir?

ORESTE

Souhaité de me voir I Ah ! divine princesse. . . Mais, de grûce , est-ce à moi que ce discours s'adresse? Ouvrez vos yeux; songez qu'Oreste est devant vous, Oreste, si longtemps l'objet de leur courroux.

HERMIONE

Oui, c'est vous dont l'amour, naissant avec leurs charmes,

Leur apprit le premier le pouvoir de leurs armes; Vous, que mille vertus me forçaient d'estimer ; Vous, que j'ai plaint, enfin que je youdrais aimer.

ORESTE

Je vous entends. Tel est mon partage funeste :

Le cœur est pour Pyrrhus, et les vœux pour Oreste.

HERMIONE

Ah ! ne souhaitez pas le destin de Pyrrhus, Je vous haïrais trop.

ORESTE

Vous m'en aimeriez plus.

Ah ! que vous me verriez d'un regard bien contraire I Vous me voulez aimer , et je ne puis vous plaire ; Et, l'amour seul alors se faisant obéir. Vous m'aimeriez , madame , en me voulant haïr. O dieux ! tant de respects , une amitié si tendre... Que de raisons pour moi , si vous pouviez m'entendre ! Vous seule pour Pyrrhus disputez aujourd'hui , Peut-être malgré vous , sans doute malgré lui : Car enfin il vous hait; son âme ailleurs éprise N'a plus...

HERMIONE

Qui vous l'a dit, seigneur, qu'il me méprise? Ses regards, ses discours vous l'ont-ils donc appris? Jugez-vous que ma vue inspire des mépris ; Qu'elle allume en un cœur des feux si peu durables? Peut-être d'autres yeux me sont plus favorables.

ORESTE

Poursuivez : il est beau de m'insulter ainsi. Cruelle, c'est donc moi qui vous méprise ici ? Vos yeux n'ont pas assez éprouvé ma constance ? Je suis donc un témoin de leur peu de puissance ? Je les ai méprisés I Ah ! qu'ils voudraient bien voir Mon rival comme moi mépriser leur pouvoir !

UERHIONE.

Que m'importe, seigneur, sa haine ou sa tendresse? Allez contre un rebelle armer toute la Grèce; Rapportez-lui le prix de sa rébellion; Qu'on fasse de l'Épire un seco«d lUon : AUez. Après cela direz-vous que je l'aime?

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