‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 15 sur 566 · ANTIGONE, HÉ.MO · texte numérisé non relu

ANTIGONE, HÉ.MO

HÉMOK.

Quoi ! vous me refusez votre aimable présence , Après un an entier de supplice et d'absence! Ne m'avez-vous , madame , appelé près de vous , Que pour m'ôter sitôt un bien qui m'est si doux ?

ANTICONE.

Et voulez-vous sitôt que j'abandonne un frère ? Ne dois-je pas au temple accompagner ma mèie?

Et (lois-je préférer, au gré de vos souhaits , Le soin de votre amour à celui de la paix ?

HÉHON.

Madame , à mon bonheur c'est chercher trop d'obstacles

Us iiont bien , sans nous , consulter les oracles.

Permettez que mon cœur, en voyant vos beaux yeux ,

De l'état de son sort interroge ses dieux.

Puis-je leur demander, sans être téméraire ,

S'ils ont toujours pour moi leur douceur ordinaire ?

Souffrent-ils sans courroux mon ardente amitié ?

Et du mal qu'ils ont fait ont-ils quelque pitié?

Durant le triste cours d'une absence cruelle ,

Avez-vous souhaité que je fusse fidèle ?

Songiez- vous que la mort menaçait , loin de vous ,

Un amant qui ne doit mourir qu'à vos genoux ?

Ah ! d'un si bel objet quand une ;\me est blessée ,

Quand un cœur jusqu'à vous élève sa pensée ,

Qu'il est doux d'adorer tant de divins appas !

Mais aussi que l'on souffre en ne les voyant pas !

Un moment , loin de vous , me durait une année .

J'aurais fini cent fois ma triste destinée ,

Si je n'eusse songé , jusques à mon retour ,

Que mon éloignement vous prouvait mon amour ;

Et que le souvenir de mon obéissance

Pourrait en ma faveur parler en mon absence ,

Et que pensant à moi vous penseriez aussi

Qu'il faut aimer beaucoup pour obéir ainsi.

ANTIGONE

Oui , je l'avais bien cru qu'une âme si fidèle

Trouverait dans l'absence une peine cruelle ,

Et, si mes sentiments se doivent découvrir.

Je souhaitais , Hémon , qu'elle vous fit souffrir.

Et qu'étant loin de moi , quelque ombre d'amertune

Vous fit trouver les jours plus longs que de coutume.

Mais ne vous plaignez pas : mon cœur chargé d'ennui

Ne vous souhaitait rien qu'il n'éprouvât en lui ,

Surtdut depuis le temps que dure cette guerre ,

Et que de gens armés vous couvrez cette terre.

O dieux! à quels tourments mon cœur s'est vu soumis,

Voyant des deux côtés ses plus tendres amis !

MiUe objets de douleur déclaraient mes entrailles;

Page 1