‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 189 sur 566 · NÉRON, NARCISSE · texte numérisé non relu

NÉRON, NARCISSE

"' N.VKaSSE.

Grâces aux dieux, seigneur, Junie entre vos mains Vous assure aujourd'hui du reste des Romains. Vos ennemis , déchus de leur vaine espérance , Sont allés chez Pallas pleurer leur impuissance. Mais que vois-je ? vous-même , inquiet , étonné , Plus que Britannicus paraissez consterné. Que présage à mes yeux cette tristesse obscure , Et ces sombres regards errants à l'aventure? Tout vous rît : la fortune obéit à vos vœux.

NÉRON

Narcisse , c'en est fait, Néron est amoureux.

NARCISSE. r

Vous?

NÉRON

Depuis un moment ; mais pour toute ma vie J'aime, que dis-je, aimer? j'idolâtre Junie.

WARCISSE.

Vous l'aimez? ; 'i

NÉRON

Excité d'un désir curieux , Cette nuit je l'ai vue arriver en ces lieux ,

386 BRITANNICUS

Triste , levant au ciel ses yeux mouillés de larmes , jg ^ji^-j

Qui brillaient au travers des flambeaux et des armcs^^gg^r) jg

Belle sans ornement , dans le simple appareil ,. ^ [om-eta

D'une beauté qu'on vient d'arracher au sommeil.

Que veux-tu? Je ne sais si cette négligence ,

Les ombres , les flambeaux , les cris et le silence , : -ïognttiag

Et le ftirouche aspect de ses fiers ravisseurs ,

Relevaient de ses yeux les timides douceurs -.^-f^ i^

Quoi qu'il en soit, ravi d'une si belle vue , f-ms biisgoi nu'û

J'ai voulu lui parler, et ma voix s'est perdue :

Immobile , saisi d'un long étonnement , " ,nu9n§i9«i

Je l'ai laissé passer dans son appartement. ij,t,f, n!i*7[

J'ai passé dans le mien. C'est là que, solitaire , ..?;

De son image en vain j'ai voulu me distraire.

Trop présente à mes yeux, je croyais lui parler; , j,.,-j„.3,j j^

J'aimais jusqu'à ses pleurs que je faisais couler.

Quelquefois, mais trop tard, je lui demandais grâce ,^gi|, f^^Q

J'employais les soupirs , et même la menace .

Voilà comme , occupé de mon nouvel amour, ,\^^ g„ g^

Mes yeux sans se fermer ont attendu le jour. j,^ jg'| ^^^

Mais je m'en fais peut-être une trop belle J^iWg^ i :n:q luçno gj

Elle m'est apparue avec trop d'avantage :);^{\ gf j.jp ^^jq., <)n„'(j

Narcisse , qu'en dis-tu ? • 'ov ftb gcJ

NARCISSE. ,T;i.f 9n,,f,3

Quoi, seigneur! croira-t-oE . ',, ij Qu'elle ait pu si longtemps se cacher à Néron ?

NÉllON. ,,>',!

Tu le sais bien , Narcisse . Et , soit que sa colère ,. ^

M'imputât le malheur qui lui ravit son frère ; , rr,,[ji^j^,,j, ;,,,,/'

Soit que son cœur, jaloux d'une austère fierté ,

Enviât à nos yeux sa naissante beauté; , ' j 4-, j., ,

Fidèle à «a douleur, et dans l'ombre enfermée , ,,,^

Elle se dérobait môme à sa renommée. • ;

Et c'est cette vertu , si nouvelle à la cour.

Dont la persévérance irrite mon amour.

Quoi, Narcisse ! tandis qu'il n'est point de Romaine

Que mon amour n'iionore et ne rende plus vaine ,

Qui , dès qu'à ses regards elle ose se '''•r.

Sur le cœur de César ne les vienne essayer ; . , ^ ;

Seule , dans son palais , la modeste Junie ,^ç,

Re-'arde leurs honneurs comme une ignominie ,

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