‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 193 sur 566 · ACTE II, SCÈNE m. JJÛ · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE m. JJÛ

La gloire d'un refus sujet au repentir. -'''^ooioTq ianrtf^fy *^ ,

JUNIE

Le ciel connaît, seigneur, le fond de ma pensée. Je ne me flatte point d'une gloire insensée : Je sais de vos présents mesurer la grandeur ; Mais plus ce rang sur moi répandrait de splendeur, Plus il me ferait honte, et mettrait en lumière Le crime d'en avoir dépouillé l'iiérilière.

NÉRON

C'est de ses intérêts prendre beaucoup de soin , Madame ; et l'amitié ne peut aller plus loin. Mais ne nous flattons point, et laissons le mystère : La sœur vous touche ici beaucoup moins que le frèrs ; Et pour Britannicus.. .

JUNIE

n a su me toucher , Seigneur ; et je n'ai point prétendu m'en cacher. Cette sincérité sans doute est peu discrète ; Mais toujours de mon cœur ma bouche est l'interprète. Absente de la cour, je n'ai pas dû penser, Seigneur, qu'en l'art de feindre il fallût m'exercer. J'aime Britannicus. Je lui fus destinée Quand l'empire devait suivre son hyménée : Mais ces mômes malheurs qui'l'en ont écarté, Ses honneurs abolis, son palais déserté, La fuite d'une cour que sa chute a bannie , Sont autant de liens qui retiennent Junie. Tout ce que vous» voyez conspire à vos désirs ; Vos jours toujours sereins coulent dans les plaisirs ; L'empire en est pour vous l'inépuisable source : Ou, si quelque chagrin en interrompt la course , Tout l'univers , soigneux de les entretenir. S'empresse h l'effacer de votre souvenir. Britannicus est seul -. quelque ennui qui le presse. Il ne voit dans son sort que moi qui s'intéresse. Et n'a pour tous plaisirs, seigneur, que quelques pleut-» Qui lui font quelquefois oublier ses malheurs.

NÉRON

Et ce sont ces" plaisirs et ces pleurs que j'envie. Que tout autre que lui me paierait de sa vie. Mais je garde à ce prince un traitement plus doux :

234 'V BRITA^\MCUS:)A

Madame, il va bientôt paraître devant vous.

■'■' JUNIE

Ah, seigneur! vos ttettiis m'ont toujours ràssufée.'?""^^)^ «2

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Je pouvais de ces lieux lui défendre l'entrée ;

Mais, madame, je veux prévenir le danger

Où son ressentiment le pourrait engager.

Je ne veux point le perdre : il vaut mieux que lui-même

Entende son arrêt de la bouche qu'il aime.

Si ses jours vous sont chers, éloignez-le de vou^,,^ infain

Sans qu'il ait aucun lieu de me croire jaloux.

De son bannissement prenez sur vous l'offense ;

Et, soit par vos discours, soit par votre silence,

Du moins par vos froideurs, faites-lui concevoir

Qu'il doit porter ailleurs ses vœux et son espoir.

JUNIE. .■ .■ -i bup fOffwbfiM

Moi ! que je lui prononce un arrêt si sévèije Sini» siuq sj, I ioot> Ma bouche mille fois lui jura le contraire. { 90 innsq iisM Quand même jusque-là je pourrais me trahir, • ^[-fiiijq '.^f;ftH Mes yeux lui défendront, seigneur, de m'obéir. '; ■

' NÉRON

Caché près de ces lieux, je vous verrai, madame. Renfermez votre amour dans le fond de votre âme : Vous n'aurez point pour moi de langages secrets •, l'entendrai des regards que vous croirez muets; :■

Et sa perte sera Tinfaillible salaire D'un geste ou d'un soupir échappé pour lui plaire.

■ ' JL'NIE. i ..."V

Hélas ! si j'ose encor former quelques souhaits, m''

Seigneur, permettez-moi de ne le vair jamais. '

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