‹ Théâtre complet. Précédé d'une noticeChapitre 192 sur 566 · ACTE U>, SCÈ.XE UI · texte numérisé non relu

ACTE U>, SCÈ.XE UI

Il n'a point détourné ses regards d'une fille

Seul reste du débris d'une illustre famille :

Peut-être il se souvient qu'en un temps plus heureux

Son père me nomma pour l'objet Je ses vœu\.

Il m'aime ; il obéit à l'empereur son père,

Et j'ose dire encore, à vous, à votre mère :

Vos désirs sont toujours si conformes aux siens...

NÉROM.

Ma mère a ses desseins, madame ; et j'ai les miens. , .

Ne parlons plus ici de Claude et d'Agrippine ;

Ce n'est point par leur choix que je me détermine.

C'est à moi seul, madame, à répondre de vous ;

Et je veux de ma main vous choisir un époux.

JDNIE.

Ah, seigneur! songez-vous que toute autre alliance Fera honte aux Césars, auteurs de ma naissance ?

NÉKON.

Non, madame , l'époux dont je vous entretiens Peut sans honte assembler vos aïeux et les siens ; Vous pouvez, sans rougir, consentir à sa flamme .

JUNIE

Et quel est donc, seigneur, cet époux?

NÉKON.

Moi, madame.

JVINIE. ■ ■■.hc.yi ifiiiO

Vous !

KÉRON.

Je vous nommerais, madame, un autre n3ro, Si j'en savais quelque autre au-dessus de Néron. Oui, pour vous faire un choix où vous puissiez souscrire, J'ai parcouru des yeux la cour, Rome, et l'empire. Plus j'ai cherché, madame, et plus je cherche encor En quelles mains je dois confier ce trésor. Plus je vois que César, digne seul de vous plaire. En doit être lui seul l'heureux dépositaire, Et ne peut dignement vous confier qu'aux mains A qui Rome a commis l'empire des humains. Vous-même, consultez vos premières années : Claudius à son fils les avait destinées; Mais c'était en un temps où de l'empire entier ^uny 9,1 31

Il croyait quelque jour le nonuner l'héritier. ijiifib im'U

232 BRITANNICUS

Les dieux ont prononcé. Loin de leur contredire,

C'est à vous de passer du côté de l'empire. ' "''"^3 ^'^

En vain de ce présent ils m'auraient honoré,

Si votre cœur devait en être séparé ,

Si tant de soins ne sont adoucis par vos charmes ;

Si, tandis que je donne aux veilles, aux alarmes,

Des jours toujours à plaindre et toujours enviés.

Je ne vais quelquefois respu-er à vos pieds. "' ',' ""'"-

Qu'Octavie à vos yeux ne fasse point d'ombrage -. ^■'ïïna aj

Rome, aussi bien que moi, vous donne son suffrage.

Répudie Octavie, et me fait dénouer

Un hymen que le ciel ne veut point avouer.

Songez-y donc, madame, et pesez en vous-même

Ce choix digne des soins d'un prince qui vous aimé. "' ' '■'

Digne de vos beaux yeux trop longtemps captivés, "^ ^^^ ^^

Digne de l'univers, à qui vous vous devez.

JUNIE. , , ,--r^

Seigneur, avec raison je demeure étonnée.

Je me vois, dans le cours d'une môme journée.

Comme une criminelle amenée en ces lieux ;

Et lorsqu'à vec frayeur je parais à vos yeux,

Que sur mon innocence à peine je me fie.

Vous m'offrez tout d'un coup la place d'Octavie.

J'ose dire pourtant que je n'ai mérité ' ■-■• j v»^

Ni cet excès d'honneur, ni cette indignité. ' '**'* ^^'^'^

Et pouvez- vous, seigneur, souhaiter qu'une fille ""' ""^

Qui vit presque en naissant éteindre sa famille.

Qui, dans l'obscurité nourrissant sa douleur,

S'est fait une vertu conforme à son malheur,

Passe subitement de cette nuit profonde

Dans un rang qui l'expose aux yeux de tout le monde ,

Dont je n'ai pu de loin soutenir la clarté, i ' "

Et dont une autre enfin remplit la majesté ? '"'^ ^"^'^

NÉRON. ,^^,^ ,^^ "-"lo'?

Je vous ai déjà dit que je la répudié :J ' ' ' ' '

Ayez moins de frayeur, ou moins de biodéstié. '

N'accusez point ici mon choix d'aveuglement : ' ■

Je vous réponds de vous-, consentez seulement. ■•■'',

Du sang dont vous sortez rappelez la mémoire;

Et ne préférez point, à la solide gloire "^'^ ^^''''' "'' ^''

Des honneurs dont César prétend vous revêtir,

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