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ACTE II, SCÈ-\E H

D'avoir rangé sous lui l'Orient et l'armée ,

Et , soulevant encor le reste des humains ,

Remis Rome sanglante en ses paisibles mains :

J'ai même souhaité la place de mon père;

Moi, Paulin, qui cent fois, si le sort moins sévère

Eût voulu de sa \ie étendre les liens,

Aurais donné mes jours pour prolonger les siens :

Tout cela (qu'un amant sait mal ce qu'il désire ! )

Dans l'espoir d'élever Bérénice à l'empire.

De reconnaître un jour son amour et >a foi,

Et de voir à ses pieds tout le monde avec moi.

Malgré tout mon amour, PauUn , et tous ses charmes.

Après mille serments appuyés de mes larmes ,

-Maintenant que je puis couronner tant d'attraits ,

Maintenant que je l'aime encor plus que jamais ,

Lorsqu'un heureux hymen joignant nos destinées

Peut payer en un jour les vœux de cinq années ,

Je vais, Paulin... ô ciel! puis-je le déclarer!

PAILIN.

Quoi, seigneur?

TITUS

Pour jamais je vais m'en séparer.

->ron cœur en ce moment ne vient pas de se rendre ■

Si je t'ai fait parler, si j'ai voulu t'entendre ,

Je voulais que ton zèle achevât en secret

De confondre un amour qui se tait à regret.

Bérénice a longtemps balancé la victoire ;

Et si je penche enfin du côté de ma gloire ,

Crois qu'il m'en a coûté , pour vaincre tant d'amour,

Des combats dont mon cœur saignera plus d'un jour!

J'aimais, je soupirais dans une paix profonde;

Un autre était chargé de l'empire du monde : '

Maître de mon destin , libre dans mes soupirs.

Je ne rendais qu'à moi compte de mes désirs.

Mais à peine le ciel eut rappelé mon père ,

Dés que ma triste maki eut fermé sa paupière ,

De mon aimable erreur je fus désabusé :

Je sentis le fardeau qui m'était imposé;

Je a)nnus que bientôt, loin d'être à ce que j'aime,

Il fallait , cher Paulin , renoncer à moi-même ;

Et que le choix des (Ueux . contraire à mes amours ,

292 BÉRÉNICE

Livrait à l'univers le reste de mes jours.

Rome observe aujourd'hui ma conduite nouvelle ;

Quelle honte pour moi , quel présage pour elle ,

Si , dès le premier pas renversant tous ses droits ,

Je fondais mon bonheur sur le débris des lois !

Résolu d'accomplir ce cruel sacrifice ,

J'y voulus préparer la triste Bérénice :

Mais par où commencer? Vingt fois , depuis huit jours ,

J'ai voulu devant elle en ouvrir le discours ;

Et , dès le premier mot , ma langue embarrassée

Dans ma bouche vingt fois a demeuré glacée.

J'espérais que du moins mon trouble et ma douleur

Lui feraient pressentir notre commun malheur -.

Mais, sans me soupçonner, sensible à mes alarmes ,

Elle m'offre sa main pour essuyer mes larmes ;

Et ne prévoit rien moins, dans cette obscurité .

Que la fin d'un amour qu'elle a trop mérité.

Enfin , j'ai ce matin rappelé ma constance :

Il faut la voir, Paulin , et rompre le silence.

J'attends Antiochus pour lui recommander

Ce dépôt précieux que je ne puis garder :

Jusque dans l'Orient je veux qu'il la remène.

Demain, Rome avec lui verra partir la reine.

Elle en sera bientôt instruite par ma voix ;

Et je vais lui parler pour la dernière fois.

PAULIN

Je n'attendais pas moins de cet amour de gloire Qui partout après vous attacha la victoire. La Judée asservie , et ses remparts fumants , De cette noble ardeur éternels monuments , Me répondaient assez que votre grand courage Ne voudrait pas, seigneur, détruire son ouvrage , Et qu'un héros vainqueur de tant de nations Saurait bien tôt ou tard vaincre ses passions.

TITUS

Ah ! que sous de beaux noms cette gloire est cruelle '.

Combien mes tristes yeux la trouveraient plus belle ,

S'il ne fallait encor qu'affronter le trépas !

Que dis-je? cette ardeur que j'ai pour ses appas,

Bérénice en mon sein l'a jadis allumée.

Tu ne l'ipores pas : toujoui s la leuoamiée

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