ACTE II, SCÈNE
Avec le même éclat n'a pas semé mon nom ; Ma jeunesse , nourrie à la cour de Néron , S'égarait, cher Paulin , par Texemple abusée, Et suivait du plaisir la pente trop aisée. Bérénice me plut. Que ne fait point un cœur Pour plaire à ce qu'il aime , et gagner son vainqueur? Je prodiguai mon sang : tout fit place à mes armes : Je revins triomphant. Mais le sang et les larmes Ne me suffisaient pas pour mériter ses vœux : J'entrepris le bonheur de mille malheureux. On vit de toutes parts mes bontés se répandre; Heureux , et plus heureux que tu ne peux comprendre , Quand je pouvais paraître à ses yeux satisfaits Chargé de mille cœurs conquis par mes bienfaits! Je lui dois tout, Paulin. Récompense cruelle ! Tout ce que je lui dois va retomber sur elle. Pour prix de tant de gloire et de tant de vertus , Je lui dirai : Partez , et ne me voyez plus.
PAULIN
Hé quoi, seigneur! lié quoi! cette magnificence Qui va jusqu'à l'Euphrate étendre sa puissance Tant d'honneurs dont l'excès a surpris le sénat, Vous laissent-ils encor craindre le nom d'ingrat ? Sur cent peuples nouveaux Bérénice commande.
TITUS
Faibles amusements d'une douleur si grande ! Je connais Bérénice , et ne sais que trop bien Que son cœur n'a jamais demandé que le mien. Je l'aimai; je lui plus. Depuis cette journée , (Dois-je dire funeste , hélas ! ou fortunée.') Sans avoir, en aimant , d'objet que son amour, Étrangère dans Rome , inconnue à la cour. Elle passe ses jours , Paulin , sans rien prétendre Que quelque heure à me voir, et le reste à m'attendre Encor, si quelquefois un peu moins assidu Je passe le moment où je suis attendu , Je la revois bientôt de pleurs toute trempée : Ma main à les sécher est longtemps occupée. Enfin , tout ce qu'Amour a de nœuds plus puissants, Doux reproches , transports sans cesse renaissants , Soin de plaire sans art, crainte toujours nouvelle,
234 BÉRÉNICE
Beauté , gloire , vertu , je trouve tout en elle.
Depuis cinq ans entiers chaque jour je la voi.
Ft rrois toujours la voir pour la première fois.
K Z^Z plus. Allons', cher Paulin -. plus j'y pense.
PlLje sens chanceler ma cruelle constance.
Quelle nou^eUe, ô ciel! je lui vais—cer
Encore un wup, allons, il n'y faut plus penser.
rennais mon devoir, c'est à moi de le suivre:
Je n'examine j^mt si j'y pourrai survivre.