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R.VC1NE

336 BÉRÉNICE

De l'amour la plus tendre et la plus malheureuse

Dont il puisse garder l'histoire douloureuse.

Tout est prêt. On m'attend. Ne suivez pomt mes pas,

(A Tilus.)

Pour la dernière fois, adieu, seigneur.

ANTioaius.

Hélas!

PREFACE

DE BAJAZET

Sultan Amurat, on Sultan Morat, empereur des Turcs, celui qui prit Babylone en 1638, a eu quatre frères. Le premier, c'est à savoir Osman , fut empereur avant lui , et régna environ trois ans , au bout desquels les janissaires lui ôtèrent l'empire et la vie. Le second se nommait Orcan. .\murat, dès les premiers Jours de son règne, le fit étrangler. Le troisième était Bajazet, prince de grande espérance; et c'est lui qui est le héros de ma tragédie. Amurat, ou par politique, ou par amitié, l'avait épargné Jusqu'au siège de Babylone. Après la prise de cette ville, le sultan victorieux envoya un ordre à Constantinople pour le faire mourir; ce qui fut conduit et exécuté à peu près de la manière que je le représente. Amurat avait encore un frère, qui fut, depuis, le sultan Ibrahim, et que ce même Amurat négligea comme un prince stupide qui ne lui donnait point d'ombrage. Sultan Mahomet, qui règne aujourd'hui, est fils de cet Ibrahim , et par conséquent neveu de Bajazet.

Les particularités de la mort de Bajazet ne sont encore dans aucune histoire imprimée. M. le comte de Cézy était ambassadeur à Constantinople lorsque cette aventure tragique arriva dans le séraiL II fut Instruit des amours de Bajazet, et des jalousies de la sultane. Il vit même plusieurs fols Bajazet , à qui on permettait de se promener quelquefois a la pointe du sérail, sur le canal de la mer Noire. .M. le comte de Cézy disait que c'était un prince de bonne mine. Il a écrit depuis les circonstances de sa mort ; et il y a encore plusieurs personnes de qualité qui se souviennent de lui en avoir entendu faire le récit lorsqu'il lut de retour en France.

Quelques lecteurs pourront s'étonner qu'on ait osé mettre sur là scène une histoire si récente ; mais je n'ai rien vu dans les règles du poiime dramatique qui dût me détourner de mon entreprise. A la vérité, je ne conseillerais pas à un auteur de prendre pour sujet d'une tragédie une action aussi moderne que celle-ci, si- elle s'était passée dans le pays où il veut faire représenter sa tragédie , ni de mettre des héros sur le théâtre , qui auraient été connus de la plupart des spectateurs. Les personnages tragiques doivent être regardés d'un autre œil que nous ne regardons d'ordinaire les personnages que nous avons vus de si près. On peut dire que le respect que l'on a pour les héros augmente à mesure qu'ils s'éloignent de nous, major e longinquo reverentia. L'éloignement des pays répare en quelque sorte la trop grande proximité des temps ; car le peuple ne met guère de différence entre ce qui est, si j'ose ainsi parler, à mille ans de lui, et ce qui en est à mille lieues. C'est ce qui fait, par exemple, que les personnages turcs, quelque modernes qu'ils soient, ont de la dignité sur notre théâtre : on les regarde de bonne heure comme anciens. Ce sont des mxurs et des coutumes toutes différentes. Nous avons si peu de commerce avec les princes et les autres personnes qui vivent dans le sérail, que nous les considérons, pour ainsi dire, comme des gens qui vivent dans un autre siècle que le uOtre.

C'était à peu près de cette manière que les Persans étalent ancien-

328 PRÉFACE DE liAJAZET.

nement considères des Athéniens. Aussi le poL'te Eschyle ne fit point de difficulté d'introduire dans une tragédie la mère de Xcrsès, qui était peut-être encore vivante, et de faire représenter sur le théâtre d'Athènes la désolation de la cour de l'erse après la déroute de ce prince. Cependant ce môme Eschyle s'était trouvé en personne à la bataille de Salamine, où Xerxès avait été vaUicu; et il s'était trouvé encore à la défaite des lieutenants de Darius, père de Xerxès, dans la plaine de Marathon : car Eschyle était homme de guerre , et il était frère de ce fameux Cynéglre dont il est tant parlé dans l'antiquité, et qui mourut si glorieusement en attaquant un des vaisseaux du roi de l'crsc.

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BAJAZET

ACTEURS

B.UAZET, frère du sultan Amuraf.

ROXANE, saltane, favorite du sultan Amurat.

ATAUDE, fille du sangottuman.

aCOMAT, grand vizir.

OSMIN, confident du grand vizir.

ZATIME, esclave de la sultane.

ZAÏRE, esclave d'Atallde.

Gardes.

La scène ut à Cotutantinople , autrement dite Byzance , dans le sérail du "^rand Seigneur.

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